« Quelque(s) part(s) » de Sarah Penfolds

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Quelque(s) part(s), ça commence comme une banale histoire d’amour. Une Suissesse rencontre un Suisse, Léo, au cours d’un voyage à Copenhague. Échange de numéros, de sms, rencontres, doutes, on y va, on n’y va pas, on y va, puis on n’a plus envie d’y aller. Rupture. Bien sûr, rien ne s’arrête là, car ce n’est pas un roman mais bien un essai. L’héroïne continue de vivre avec son amour défunt, concrètement je veux dire. Persuadée d’être liée à Léo dans d’autres temps, d’autres lieux, la voilà qui vit avec son fantôme, lui parle, lui sourit, lui pardonne. Avant qu’une nouvelle apparition envahisse ses jours et ses nuits, le beau David.

J’ai d’abord pensé à une obsession, puis j’ai compris que ce qui me gardait attachée à lui était de vouloir m’en séparer. Il n’y a aucun moyen de se séparer du monde, même en jouant l’ermite. Le monde n’est qu’un miroir, un reflet, une facette, un mouvement. Il n’est qu’une perception sensorielle dans laquelle nous ne vivons qu’un instant. Cet instant se fond dans l’espace-temps. Il dure une éternité car il a lieu dans l’éternel. Mais réellement, il n’est qu’un moment, un point dans les Univers.

Plus terre-à-terre que moi, tu meurs. Alors quand l’auteure commence à me parler voyages astraux, septième sens (celui qui permet de voyager entre les univers), anges et oiseau bleu, je m’affole, je m’éclipse. Quant à l’Amour et à sa majuscule récurrente, qu’en dire à part que je ne suis pas romantique pour deux francs suisses ? Y a clairement mésentente entre nous. J’approuve la petite voix en italique, qui ramène sans cesse la protagoniste sur Terre, pour le reste… Je ne sais pas si je vis près, ou loin, de gens que j’ai connus avant, dans d’autres temps, dans d’autres lieux, mais en tous les cas ce livre n’est clairement pas fait pour moi. Je ne renie en rien la qualité de l’écriture, l’intérêt du propos quasi philosophique, sinon mystique, pour ne pas dire ésotérique, mais mon intérêt n’y est pas. Pas fleur bleue, encore moins oiseau bleu, à vrai dire plutôt rouge, du qui tache, je me sens aussi fine qu’un éléphant dans un magasin de porcelaine en suivant les réflexions de Sarah Penfolds. Parfois, on se passe à côté sans se voir, c’est triste, mais c’est la vie, et je suis sûre que l’auteure y trouvera une raison mystérieuse qui encore une fois me laissera perplexe.

J’aime toujours croire en l’âme sœur, mais je ne peux plus affirmer que le concept est réel. Seulement, comme il vit dans ma tête et dans mon cœur, il vit dans le monde aussi. Lors d’une balade en forêt, j’aperçus ma mère au loin. En me rapprochant, mes yeux se posèrent sur plusieurs choses puis se posèrent sur elle. Mais ce n’était pas elle, c’était son compagnon. L’un est l’autre, même vu de l’extérieur, se confondent. Est-ce là ce concept qui prend vie dans un monde que je créé ?

Je ne déconseille pourtant pas la lecture de Quelque(s) part(s), c’est même avec plaisir que j’échangerai avec ceux (celles) qui vont l’adorer, c’est certain. Et puis au-delà du fonds, la forme me convainc. Magnifique premier opus des Éditions À l’envers, rien que la vidéo montrant comment chacune des couvertures est unique m’a donné envie de pleurer (j’ai un cœur, tout de même). Que dire de la tranche nue cousue, ou de la classe de lire un exemplaire numéroté (267 !) ? Un bel objet-livre qui ne me laisse pas indifférente, ce n’est – à vrai dire – déjà pas si mal.

Je pensais que le septième sens ne me serait utile seulement dans les vies parallèles, alors qu’il est très utile ici même, dans cette vie. À chaque fois qu’un souvenir remonte à la surface, avec son émotion, en explorant les deux, le souvenir et l’émotion, il y a un espace qui se vide et qui se créé. Cela doit d’ailleurs être utile pour toute cette lignée de moi en parallèle, pour finalement avoir une répercussion dans la globalité des Univers. Au moment où ses mots se couchent sur le papier, une feuille tombe et l’Ange de la mort et l’Ange de la vie réapparaissent le temps d’une seconde sans dire un mot. Une confirmation ? Le chemin entreprit semble être celui d’une vérité.
Il y a enfin de la place pour le rien, le vide, le tout.

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