« La Petite galère » de Sacha Després

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Dans la famille Sacha Després, si je vous donne Caroline, Charles, Marie et Laura, ça vous rappelle quelque chose ? Une musique entêtante, une gamine à tresses qui dévale une colline, vous y êtes ? Voilà pour la référence, une des très nombreuses (les trentenaires s’amuseront à les débusquer) que vous trouverez dans La Petite galère. Car pour galérer, elles galèrent les petiotes, loin, très loin de la vie paisible de La Petite maison dans la prairie. Pas l’ombre d’un arbre ou d’une maison en bois construite à la sueur du front du père dans ce roman, tout n’est que grisaille, barres d’immeubles et banlieue morose parisienne.

Laura est née dans un monde aux objets variables, là où seule la laideur est certaine. Le tragique rampe comme un serpent. Reste à s’asseoir sur cette chose qui transite des tripes jusqu’à sa gorge. Cette chose, qui colle aux semelles de sa vie comme un chewing-gum au goût de tempête. Cette chose, aussi humaine qu’incoercible.
La colère.
Et il y en a beaucoup par ici.

Quand la mère décide de se passer l’arme à gauche, le père décampe encore un peu plus, et les deux sœurs se retrouvent seules. Dix ans d’écart certes, mais ça ne fait pas tout pour assurer le quotidien. Quand la plus grande travaille, la plus petite étudie, et c’est le creux du lit qui les réunit. La sexualité occupe sa place dans cette vie sororale, il faut bien prendre son plaisir, son réconfort, là où on les trouve, quand rien d’autre n’est vraiment excitant, ni les jobs, ni les factures impayées, ni les amourettes insatisfaisantes. Et puis un élément perturbateur finit par s’immiscer dans cette vie limite gémellaire, c’est alors le début de la fin, le début de la galère, la vraie.

Depuis le suicide de sa femme, Charles fuit ses filles comme si elles sentaient le gaz. C’est un homme qui n’a jamais vraiment été à l’aise avec les sentiments ; d’où qu’ils viennent. Les week-ends puis les années défilent sans que personne ne réclame la présence de personne. En trois ans, le père a fait une tentative maladroite de rapprochement qu’il s’est lui-même empressé d’oublier.
Les deux filles affrontent, seules, la petite galère dans la Prairie.

Premier roman ? On a peine à y croire tellement Sacha Després maîtrise son rythme et son sujet. Phrasé lapidaire qui laisse à peine au lecteur le temps de digérer ce qu’il lit, l’auteure ne nous épargne pas. Cash et trash, clairement. Passionnant ? Assurément. Lu d’une traite ? Je vous le confirme. La Petite galère est la bonne surprise, un roman bien sombre – écrit qui plus est par une main féminine – comme j’aimerais en lire plus souvent. Un livre qui est loin d’être facile, loin d’être attendu, et qui donne surtout envie de lire le prochain. Alors Sacha, on se donne rendez-vous quand ?

Marie.
La Jolie.
Cette fille, c’est Frida, Judith, Ophelia. Réunies dans un seul et même tableau. Une bande dessinée pour adultes. Une comptine pour enfants. La Dame Tartine de l’érotisme – le Miel des poètes. De sept à soixante-dix-sept ans.
Ses yeux.
Elle pourrait vendre la source qui coule dans leur écrin. Ces deux-là donnent goût au voyage, font larguer les amarres, déclenchent l’avarie des synapses. Son regard est d’ici, mais surtout d’ailleurs. Quand il nous tient, il est trop tard pour revenir. On est déjà loin.
Son sourire.
Un petit animal qui vous grignote le cœur, remue les entrailles du monde, en ébranle sa lente tragédie. Sa douceur est le moteur de l’espérance. Quand il est pour vous, le bonheur est proche. Et la vie recommence.

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