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Par Amandine Glévarec

« Des geôles » de Jean-Yves Dubath

Jean-Yves Dubath, Des geôles

Avouons – et c’est de circonstance, puisque nous évoluons en milieu carcéral – que pour mon retour à la littérature romande, je m’offre la surprise d’un roman qui évolue à un niveau peu commun. Bien loin de la strate de l’événementiel ou du concret, habituelle quand on évoque la fiction, Dubath nous confronte à un autre champ, celui de la conscience, de l’inconscience, ou même du fantasme. Une écriture dense, exigeante, toute personnelle. Une écriture qui demande au lecteur une concentration appuyée, une écriture qui peut aussi se décider éthérée, car est-ce bien grave si du propos voulu nous ne comprenons que la moitié, et encore de travers ? Une écriture, en tous les cas, il faut l’avouer – encore ! – qui rassure quant à la capacité des auteurs romands de s’inventer, de réinventer, de sortir du factuel pour atteindre d’autres degrés. Voilà pour la forme.
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Par Amandine Glévarec

Entretien avec Coline Ladetto

Le Café des voyageurs, Coline Ladetto

Amandine Glévarec – Coline, la pièce que vous avez montée – Le Café des voyageurs – est librement inspirée de la nouvelle éponyme de Corinna Bille, pourquoi le choix de cette auteure ?

Coline Ladetto – Je ne connaissais pas Corinna Bille. Comme je suis également valaisanne, un ami m’a offert la Fraise noire, un recueil de ses nouvelles, afin que je découvre cette auteure. J’ai été frappée par cette histoire.
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Par Bertrand Schmid

« La Fraise noire » de S. Corinna Bille

S. Corinna Bille

Cela fait longtemps – depuis la création de ce blog, en fait –, que nous voulions vous parler de Corinna Bille. Auteure d’une œuvre immense, elle est souvent citée pour ses nouvelles ou certains romans emblématiques. Épouse de Chappaz, longtemps elle a partagé ce Valais dans ses récits. Néanmoins, contrairement à son mari, les textes de Corinna Bille n’ont pas ces élans très locaux. Si le Rhône ou quelque alpage y sont parfois présents, ce n’est pas là le sujet. Car Corinna Bille présente des vies, articule des sentiments de papier, esquisse des désespoirs et des bonheurs. Les uns comme les autres s’entremêlent dans la symphonie de ses pages et offrent au lecteur tous les tons des émotions humaines.
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Par Amandine Glévarec

« L’Instant infime d’une respiration » de Catherine Bex

Catherine Bex, L'Instant infime d'une respiration

Martin. Facteur, marié, père de trois enfants. Banal, lambda, anonyme. Mais Martin a son truc à lui : il court, comme un fou. Le plaisir de gagner, de se dépasser, de souffrir. Après quoi court-il ? La bonne vieille blague. Catherine Bex nous raconte, sobrement, chirurgicalement. Au lecteur d’imaginer le reste. Bien sûr, Martin ne va pas se contenter d’enchaîner les semi-marathons le week-end, il n’y aurait pas de roman sinon, et encore moins de fait divers, réel, dont s’est inspirée cette fiction. Martin va se mettre à croire. Comme toujours excessif, et bien trop rapide pour être suivi, il va nous emmener dans des chemins où personne ne veut mettre les pieds. Son sacrifice ne suffisait visiblement plus, il va offrir ce qu’il possédait de plus cher.
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Par Quatre Sans Quatre

« Avec les chiens » d’Antoine Jaquier lu par Quatre Sans Quatre

Antoine Jaquier, Avec les chiens

Le pitch

Gilbert Streum, condamné en 2000 à perpétuité pour les rapts et meurtres de cinq jeunes garçons, est soudain libéré en 2013. Les familles des victimes l’apprennent par la télévision, elles sont sidérées. Michel est totalement anéanti par la nouvelle. Père de l’un des enfants, il a refait sa vie après l’explosion de son couple, a une petite fille de six ans et une épouse moins concernée que lui par les événements. Il disjoncte, sa nouvelle existence n’a plus de sens ni de raison d’être.
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Par Amandine Glévarec

Entretien avec Nicolas Verdan

Nicolas Verdan, © Philippe Pache

Amandine Glévarec – Quels sont tes rapports intimes avec la Grèce ?

Nicolas Verdan – Ma mère est née en Grèce en 1944, lors d’une des périodes les plus noires de l’histoire de ce pays. Elle a survécu à la famine et aux exactions nazies qui se produisaient dans les villages comme le sien. Son père, mon papous (= grand-père), vit toujours. Il a 95 ans. Le lien intime commence à travers ces liens familiaux forts. Au fil du temps, cette initimité dans la relation à mon pays d’origine maternelle s’est construite également à travers des rencontres avec des amis. Autant de nouvelles manières de voir et de ressentir ce pays. Mais je dirais que mon lien le plus profond, le plus tendu, le plus manifeste s’exprime dans ce bonheur sans cesse renouvelé que je ressens en séjournant à Athènes. Athènes, c’est le manque, le manque permanent. Et c’est ce besoin d’agir et de vivre pour le combler qui m’anime.
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Par Amandine Glévarec

« Le Mur grec » de Nicolas Verdan

Nicolas Verdan, Le Mur grec

Mi-roman policier, mi-prose poétique, Le Mur grec est avant tout un roman d’atmosphère. Catapulté, le lecteur, dans une langue travaillée, dans un pays mal connu, en plein milieu d’une crise, au beau milieu du trafic d’êtres humains, migrants ou prostitués. Sec, le narrateur, Agent Evangelos, asséché d’avoir trop vu, trop compris, trop vécu. Dans cette Grèce où les crimes restent parfois impunis, à quoi bon se lancer à la recherche de celui – ou de celle – qui tenait la hache, qui du tronc a détaché la tête ? C’est un livre dense, moite, touffu. L’intrigue bien sûr est là, qui veut dénoncer les dérives d’un système basé sur la manipulation, les histoires de gros sous, l’impuissance des uns et la surpuissance des autres. Mais pour la suivre, cette intrigue, vous devrez avant tout faire confiance à Nicolas Verdan, écrivain qui jamais ne perd son horizon des yeux, quitte à perdre en route quelques lecteurs déroutés par cette marée qui les tangue dangereusement.
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Par Amandine Glévarec

« Un lieu sans raison » d’Anne-Claire Decorvet

Anne-Claire Decorvet, Un lieu sans raison

Comment arrive-t-on à un livre ? Par l’attribution d’un prix qui le met en avant, par la visite d’un musée où demeure une robe de mariée qui jamais ne fut portée. Comment en arrive-t-on à écrire un livre sur une jeune femme contrainte des dizaines d’années derrière les hauts murs d’un asile, enfermée dans une maladie qui longtemps ne portera pas de nom, dont le seul souvenir – le travail de ses mains – reste toujours visible, accessible mais mystérieux, mélancolique, préservé par les beaux murs de la Collection de l’art brut de Lausanne. Comment l’écrivain rencontre-t-il son sujet, comment le lecteur rencontre-t-il son auteur ?
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Par Amandine Glévarec

Rencontre avec Daniel de Roulet

Daniel de Roulet à Tulalu!? © Sandra Hildbrandt

Pierre Fankhauser – Vous revenez de huit mois à l’étranger, pour reprendre votre formule, peut-on dire que « vous vous êtes assuré contre l’oubli » ?

Daniel de Roulet – Durant ce voyage dans les deux Amérique, j’ai fait trois choses – au niveau de l’écriture : la plus importante, c’est qu’après 35 ans de mariage, je me suis retrouvé avec ma femme pendant huit mois, nuit et jour. Pour garder une distance, je lui ai écrit chaque jour une lettre, sans lui dire que je lui écrivais. À la fin du voyage, quand nous sommes arrivés en Alaska – nous étions partis de Patagonie – je lui ai donné ces lettres, plus de deux cents, et elle est tombée des nues.
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Par Amandine Glévarec

Entretien avec Nicolas Feuz

Nicolas Feuz, © Dominique Derisbourg

Amandine Glévarec – Cher Nicolas, tu exerces un métier qui excite l’imagination, peux-tu nous en dire plus ?

Nicolas Feuz – En tant que juge d’instruction (durant 12 ans), puis procureur (depuis 5 ans), j’assume la direction de la police dans les affaires judiciaires. Schématiquement, ça commence par des services de permanence, durant lesquels tu es appelé à te déplacer sur les lieux d’homicides intentionnels (meurtres, assassinats), d’homicides par négligence (accidents de la route, de travail, de plongée, etc.), d’autres morts non naturelles (suicides, overdoses), d’accidents d’une certaine ampleur (avions, trains), d’incendies, de braquages à main armée, de grosses saisies de drogue et j’en passe. La direction de la police judiciaire assumée par un magistrat est également incontournable lorsqu’il s’agit de mettre en œuvre des mesures de surveillance secrètes, comme des écoutes téléphoniques, caméras, micros, balises GPS, chevaux de Troie et agents infiltrés. Dans les affaires d’une certaine importance, tu te retrouves donc au cœur de l’enquête.
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