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Par Amandine Glévarec

« ma vie, côté père » de Michel Contat

ma vie, côté père, Michel Contat

La Suisse, ma Suisse, n’est pas de celles où l’on parle, encore moins de celles où l’on se plaint. Michel Contat ne parle pas, ne se plaint, il raconte. Pas de pathos dans ses chroniques familiales, énumération des courts faits qui ont marqué son enfance et sa vie d’adulte, tout simplement. A peine une allusion à Dickens, quand il aborde les années d’internat, et c’est assez. Tout en pudeur, mon Suisse, tout en retenue. Et l’absence du père alors ? L’éternel absent, toujours plus intéressé par les jupons que par les couches culottes, est au centre de ce récit familial, car si l’absence perdure, elle créé surtout dans les cœurs des béances. Celles du frère ne seront jamais refermées, celles de Michel se rempliront d’autre chose, de littérature et d’engagement.
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Par Amandine Glévarec

« Nous sommes restées à fixer l’horizon » de Mona Hovring

Nous sommes restées à fixer l'horizon, Mona Hovring

Y a-t-il une littérature de genre (sexuel), question absolue qui taraude mon petit monde en ce moment. Sur la route aurait-il pu être écrit par une femme, en tant que femme moi-même ai-je pu l’ingérer pleinement ? A lire Mona Hovring, à vrai dire, la question ne se pose pas, ou plus. Rock’n’roll malgré elle, alcoolique, désespérée et toute poétique, son héroïne Olivia vaut à elle seule tous les Buko, Fante ou Lowry du monde. La verve de la donzelle affiche tout de suite la couleur, vous allez aimer, vous offusquer ou détester. Ni roman féministe, ni roman lesbien, Nous sommes restées à fixer l’horizon tient autant du journal intime que de la déclaration de guerre, contre tous les chagrins auxquels nous serons un jour confrontés.
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Par Amandine Glévarec

« Le Même ciel » de Ludivine Ribeiro

Ludivine Ribeiro, Le Même ciel

Magie de la lecture qui nous emmène sous d’autres cieux, c’est par un jour de neige que j’ai commencé Le Même ciel. Et me voilà en plein cagnard, l’été brûlant comme nous en avons tous en mémoire, les bruits assourdis, le flip-flop de la piscine, l’océan pas très loin qui inlassablement s’agite et brasse nos souvenirs et envies, les cocktails et fêtes doucement dépravés qui semblent ne jamais avoir à prendre fin. L’heure bleue interminable qui offre l’heure sombre, les heures sombres. Car sous les peaux qui se dévoilent, la lascivité des corps qui s’abandonnent à la canicule — le temps des chiens — nul ne peut échapper à ce qu’il est, à ce qu’il est devenu, à ce qu’il a subi, aux années qui passent, chagrins et autres regrets. Peut-on survivre à tout, peut-on accepter ce que l’on perd, ce que l’on nous vole, la fuite de l’insouciance et des désirs inassouvis.
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Par Amandine Glévarec

« Des Ombres » d’Alexandre Correa

Alexandre Correa, Des Ombres

Drôle parfois comme sur un malentendu la rencontre peut quand même se faire. Je m’attendais à lire de la SF, je me retrouve avec une fresque sociale, qui porte son poing au ventre, entre les mains. Je croyais reconnaître l’Alexandre Correa déconneur et bon diable entre les lignes, je découvre un auteur grave et incisif. Des Ombres, court titre d’un court texte, qui fait mouche, car il ne se contente pas de raconter la violence ordinaire d’une bande de branleurs, mais se ponctue de réflexions qui le transcendent, de photos qui nous scotchent et nous font voyager bien au-delà des mots, dans le monde de la fascination du pire. Sans être mienne, l’expression me vient en tête et résume parfaitement ma double lecture de ce petit opus qui mérite largement qu’on s’y attarde.
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Par Amandine Glévarec

« Wanderlust » d’Antoine Rubin

Antoine Rubin, Wanderlust

Poser son sac, comme on dépose les armes. Il y a des images qui émaillent des vies, des trains, des départs, des séparations, des déménagements. Des vies que l’on veut croire uniques et que l’on reconnaît pourtant — avec plaisir — dans les écrits des autres. Des voyages, des explorations, à la Kerouac, à la Bouvier. Si j’osais, à la Rubin. Il y a des textes, courts et incisifs, qui amènent à sourire de tendresse, car ils ravivent la douce nostalgie de ses propres découvertes. Il y a des livres qui font prendre conscience du chemin parcouru, des sentiers empruntés avec la même ferveur par ceux qui toujours — sans le savoir, sans y croire — suivront les traces de ceux qui les ont précédés. Il y a des enseignements, des désillusions, des déceptions, qui font de nous ce que nous sommes devenus. Adultes.
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Par Amandine Glévarec

« Aujourd’hui dans le désordre » de Guillaume Rihs

Guillaume Rihs, Aujourd'hui dans le désordre

Présenté comme ayant été récompensé par le Prix des écrivains genevois, il s’avère que c’est le manuscrit de Aujourd’hui dans le désordre, non encore publié donc, qui avait en fait reçu cette distinction. Voilà la prochaine étape qu’une réflexion intense, mais juteuse, m’a permis d’atteindre. La lecture du roman m’a tout autant demandé une concentration de tous les instants, car — de la brillante idée de faire naitre une auberge espagnole en plein milieu d’un improbable blizzard suisse — est né un récit qui part dans tous les sens, qui peine à faire sourire ou à captiver.
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Par Sabine Faulmeyer

« Le Royaume des oiseaux » de Marie Gaulis

Marie Gaulis, Le Royaume des oiseaux

Quelque part au fin fond d’une terre savoyarde, un lieu irréel et pourtant vrai. Un lieu fait de silence, de bois et de murmures d’oiseaux. Un lieu où tout n’est que vestiges, racines, une terre oubliée, souvenirs d’une étendue sauvage. Un lieu, un royaume, une terre comme une île, une maison comme une forteresse, une réserve familiale. Une terre tenue secrète, cachée, un lopin de terre ténue, merveilleuse, cachet d’une vie d’autrefois.
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Par Nicolas Feuz

« Les Feuilles du mal » de Jean-Luc Fornelli

Jean-Luc Fornelli, Les Feuilles du mal

Avez-vous déjà éclaté de rire en public, rien qu’en feuilletant un livre dans une librairie ? Dans une telle situation, qu’est-ce qu’on se sent soudain très Mal, très seul surtout, mais qu’est-ce que ça fait du Bien !

Si je n’avais pas connu Jean-Luc Fornelli avant, j’aurais initialement pu penser que son dernier bébé Les Feuilles du mal était un polar, avec son titre faisant référence au côté obscur, une couverture sombre à faire flipper et un éditeur (BSN Press) souvent attiré par le roman noir. Mais rien de tout cela. Avec cet amateur de bonsaïs et d’haïkus, amoureux des bons jeux de Maux, vous allez découvrir le côté obscur de la farce, vous marrer comme un dauphin à défaut de flipper et, de noir, vous n’y trouverez que de l’humour.
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Par Amandine Glévarec

Entretien avec Anita Rochedy

Anita Rochedy

Amandine Glévarec — Chère Anita, as-tu découvert les écrits de Paolo Cognetti avant de le rencontrer ou est-ce l’inverse?

Anita Rochedy — Quand j’ai rencontré Le Garçon sauvage, je ne connaissais pas encore Paolo: son carnet de montagne trônait parmi les acquisitions toutes fraîches de la bibliothèque des Pâquis, à Genève, où j’avais mes habitudes. Je l’ai lu d’une traite, et quand je l’ai refermé, j’ai pensé à L’homme qui plantait des arbres, la nouvelle de Giono que j’aime tant, et je me suis dit qu’avec ce livre, Paolo venait de planter rien d’autre qu’un séquoia géant. Je lui ai donc écrit, pour le remercier, évidemment, mais aussi pour savoir si le pin mugo des Dolomites avait pris racine… et si les droits pour une transplantation française étaient encore disponibles.
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Par Amandine Glévarec

Entretien avec Paolo Cognetti

Paolo Cognetti

Anita Rochedy — Je serais beaucoup plus difficilement rentrée en contact avec toi si tu n’avais pas tenu le blog capitano mio capitano. À quel moment de ta vie d’écrivain as-tu ressenti le besoin de créer cet espace ? Que t’a-t-il apporté et quel rôle a-t-il joué dans l’écriture du Garçon sauvage ?

Paolo Cognetti — Pendant des années, j’ai eu un rapport compliqué avec l’écriture : j’écrivais peu, avec beaucoup de peine, et je ne pouvais pas faire lire un texte à quelqu’un sans l’avoir d’abord travaillé en long et en large. Il me manquait une certaine légèreté, une immédiateté, une fluidité (qui me manquent encore un peu aujourd’hui).
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