Les œuvres complètes de Charles Ferdinand Ramuz

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Réunir les œuvres de Charles Ferdinand Ramuz en une seule édition est un projet, répété à cinq reprises, qui prit forme du vivant de l’auteur déjà, aux éditions Mermoz (1940, 23 tomes). Toutefois, si vous consultez la page Wikipedia à son propos, vous y trouverez surtout trace des deux éditions les plus récentes (dans la bibliothèque de la Pléiade et aux éditions Slatkine) qui regroupent tout ou partie de ses œuvres. Alors, quelles sont les intentions derrière ces deux publications ? Quelles sont leurs différences ?

Ces jours où les mots ne veulent pas se mettre ensemble et on n’arrive pas à les forcer.
Journal, 1915

Notons d’abord les points communs à ces deux éditions : un appareil critique riche, des notices de qualité et, surtout, un nom qui, parmi ceux qui ont collaboré à ce travail, saute aux yeux : Daniel Maggetti. S’il est cité parmi les collaborateurs de la Pléiade, c’est par contre lui qui a codirigé la collection chez Slatkine. Une même personne pour deux éditions, l’un des meilleurs connaisseurs de Ramuz et de la littérature suisse romande, sans doute – un gage de qualité.

Toujours articles et besognes.
Journal, 1919

La collection de la Pléiade nous a habitués à fournir des éditions de plus en plus riches (si l’on fait exception du volume réunissant des œuvres de Milan Kundera, mais ce fut sur la volonté de l’auteur encore vivant). Une introduction, une biographie, une bibliographie, des notes et des variantes en fin de volume. Ici n’ont été réunis « que » les vingt-deux romans de Ramuz. C’est sans doute pour eux qu’on le connaît le mieux et cette édition en deux volumes saura sans doute ravir ceux parmi vous qui goûtent sa prose, son rythme, les humeurs de « son » lac ou de « ses » montagnes et le langage qu’il inventa (il faut insister sur ce point) pour les personnages de ses romans.

J’aurais voulu que mes personnages fussent suffisamment humains pour être parfaitement accessibles aux autres hommes, d’où qu’ils proviennent. J’aurais voulu réconcilier la région et l’univers, le particulier et le général, appuyé fortement sur un coin de pays, mais tâchant de le déborder par l’ampleur des sentiments qui y trouvent naissance, et qui le dépassent pourtant jusqu’à rejoindre par delà les frontières de mêmes sentiments nés d’ailleurs, mais analogues à leur sommet (si j’ose dire), car il y a quand même une communauté humaine.
Lettre à Albert Gyergyai, 1940

À qui s’adresse donc la collection en 29 volumes (oui, 29 tout de même…) parue aux éditions Slatkine ? Les romans n’en occupent que 10 : une manière de prendre la mesure de la richesse de la production ramuzienne : écrits de jeunesse, théâtre, essais, nouvelles, poésie, articles… Car Ramuz écrivit pleinement, si j’ose dire, sa vie durant. Si l’on connaît (plus ou moins) bien ses romans, on a tendance à ignorer le reste, tout ce qui vint sous-tendre une vie dévouée à l’écriture. Il est ainsi touchant ou intéressant de le voir se confronter à différents textes qui ne verront pas le jour, de lire son journal parallèlement au roman écrit durant la même période. Ainsi, on trouvera surtout de l’intérêt à cette édition si l’on désire s’intéresser de plus près à la production de Ramuz dans son ensemble, à embrasser un large panorama de « l’acte d’écrire » de cet auteur.

Le bruit des grelots, des roues, des voix, alla s’affaiblissant, puis cessa tout à coup au tournant de la route ; et on ne vit plus rien qu’une petite poussière grise qui s’abattit lentement sur l’herbe courte des talus.
Aline

Ainsi, que ce soit en Pléiade ou chez Slatkine, vous trouverez sans aucun doute de quoi lire longtemps et vous nourrir pleinement des magnifiques textes de l’auteur suisse le plus connu.

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