« Muscles / La Maison » de Julien Burri

Julien Burri, Muscles / La Maison

Julien Burri sait et aime dire les choses avec sobriété, dans une réflexion calculée et mesurée. Son économie n’est pas une simple épuration « à la mode », elle ne dénude pas la phrase mais en révèle le squelette en filigrane. De même, les chapitres de Muscles et La Maison sont ramassés dans une sincérité qui émeut. Non, Burri ne cède pas aux sirènes de la simplicité. Ses mots sonnent, sa justesse cogne. Lire ces deux récits, c’est avec le temps qu’il faut le faire. C’est en restant conscient que cette prose ne se dévore pas, que son apparente sobriété ne recèle pas une fadeur que l’on retrouve aujourd’hui bien trop souvent dans les romans. Et – cerise sur le gâteau – les deux pièces qui forment ce recueil sont à la deuxième personne du singulier. Comme pour mieux happer le lecteur.

L’attente de ce petit animal, pour lequel elle est tout, angoisse Amélie – elle interprète son insistance comme un reproche silencieux : elle ne s’occupe pas assez de lui – mais elle n’a déjà pas assez de temps pour elle ! Un jour, le chat ne sera plus là. Un jour le chat sera mort, elle a peur de le regretter.

Deux écrits tête-bêche : Muscles, un roman, et La Maison, des morceaux. Ce qui unit ces deux textes, outre le style, c’est une forme de perte. Si le premier récit est celui d’un culturiste qui (n’en dévoilons pas trop) d’une certaine manière dénoue ses muscles et sa vie, La Maison, tout aussi intimiste, narre des amours défaites. Dans tous deux, donc, une forme de perdition, de déliement d’illusions ou au contraire de certitudes. Dans tous deux, des poésies retrouvées et qui ponctuent la vie de ceux d’après. Et la narration saura vous emporter ou, devrais-je dire, t’emporter, lecteur. Car ce « tu » omniprésent sait fouiller l’âme, trouver un petit recoin pour s’installer. Mais ce que l’on pourrait craindre ne se produit pas : nul voyeurisme malgré cette proximité, plutôt une douceur malgré les pertes.

Vous marchez dans les pois de senteurs roses et blancs, dans la verveine – le ballast se dérobe, les pierres roulent sous vos pieds. Il arrive qu’un train de marchandises passe à côté – d’abord, c’est un sifflement, sur les rails – puis un son anguleux se déploie, plein d’aspérités – vous bouscule –

Qu’en retenir, de cette étrange expérience de lecture ? Par lequel commencer ? Par quel bout prendre ces récits ? Si La Maison est très court, il n’en est pas pour autant un récit simple. De même Muscles. Cette apparente simplicité, donc, n’est pas à mésestimer. Et peut-être est-ce là tout l’enjeu de cette parution. Il faut au lecteur du temps pour s’approprier cette économie, malgré le phrasé très juste, le rythme constant. Il faut une certaine vigilance pour ne pas se laisser leurrer par le récit, ne pas le résumer à « c’est l’histoire d’un culturiste » ou « c’est l’histoire d’une rupture ». Non, c’est bien plus que cela, et Julien Burri nous le rappelle sans cesse : c’est de toi qu’il s’agit.

Tweet about this on TwitterShare on FacebookShare on LinkedInShare on Google+Pin on PinterestEmail this to someone