« Mon itinéraire de vie » de Domingos Moreira Dos Santos

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Domingos, j’avais envie de découvrir ton histoire, celle qui t’a fait quitter ton Portugal natal pour ton Eldorado suisse, et je reste sur ma faim. Entre expat’, dis-moi, on en a pourtant des choses à se raconter, non ? Les soucis pour trouver un logement, un travail, pour obtenir un permis de séjour, voire pour toi une naturalisation, veinard. Ok, veinard, c’est peut-être vite dit, car il y en a eu des étapes dans ton itinéraire, pour que tu deviennes enfin celui que tu es aujourd’hui : un maçon heureux de ton métier, vivant avec ta femme, à qui tu as fait de beaux enfants. Tu y as perdu deux doigts, et certainement quelques idéaux, un peu de temps aussi, entre allers et retours, une grande partie de ta fratrie, morte loin de toi. Tu nous parles de tous ces drames avec ton peu de mots, avec ta dignité et ton regard parfois surpris. Je te suis sur ce chemin Domingos, et j’aime ça.

Il fallait bien payer le loyer et la nourriture. Les collègues et des amis m’ont prêté de l’argent. Au fond de moi, je ressentais une pression supplémentaire, car je mettais un point d’honneur à tout rembourser le plus rapidement possible. Je souffrais psychologiquement. Pour la première fois, ces 2000 kilomètres me séparant des miens me paraissaient insupportables. Mes parents ont pleuré quand ils ont appris ce qui m’était arrivé. Ils ont pleuré, car ils ne pouvaient rien faire.

Mais ce qui m’intéresse, Domingos, c’est le choc. Culturel comme on dit. Celui qui peut ébranler un homme, tout jeune et plein de jolis rêves, le faire reculer. La langue que l’on ne parle pas et que l’on apprend vite, avec l’aide des copains, parce qu’il faut s’intégrer, pour travailler, pour gagner cette vie. La mentalité aussi, le pli des votations et de l’ordre établi, tu les évoques parfois, sans pour autant les comprendre. Et le racisme, bien sûr, que tu ne fais que mentionner, sans avoir l’air d’y prêter garde. Homme pudique, c’est à ton lecteur d’apprendre à lire entre les lignes. Tu n’es pas du genre à reculer, Domingos, et c’est touchant de voir que ta courte autobiographie s’ouvre sur la fierté d’avoir obtenu la nationalité de ton pays d’adoption. Il y en a combien des comme toi, des comme nous, ici, et ailleurs ? De ton témoignage si brut, si succinct, si pudique, je garderai un peu de l’âme des aventuriers, de ceux qui osent s’ouvrir l’esprit si large qu’ils peuvent y faire entrer une seconde patrie. Malgré les sacrifices, mais pour les petites victoires, et pour la beauté du chemin parcouru.

Quel chemin parcouru ! Je pense que chacun a connu des hauts et des bas dans sa vie. Mais lorsqu’on couche cette vie sur papier, elle prend une autre dimension. Rien n’est facile, rien n’est acquis. C’est en fait un éternel combat pour accéder à ses rêves. Mais lorsqu’on quitte son pays, le facteur difficultés est, au minimum, décuplé. Cet itinéraire, mon itinéraire de vie, n’a rien d’exceptionnel. D’autres l’ont suivi avant moi et d’autres le feront après. Je leur souhaite simplement d’être ouverts aux autres et aux différences.

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