« Lavage à froid uniquement » d’Aurore Py

Lavage à froid uniquement, Aurore Py

Il existe des livres sympathiques dont on ne peut douter qu’ils ont été écrits par des jeunes femmes amicales et délicieusement extravagantes, du genre à vous tutoyer au bout d’une minute et à vous raconter leur vie à grand renfort d’éclats de rire et de gestes amples au bout de cinq. Sans connaître Aurore Py, c’est comme cela que je me plais à l’imaginer en terminant son Lavage à froid uniquement. Car contrairement à ce que sous-entendent le titre et la couverture — qui ne laissent pas de doutes sur le fait que nous croiserons tôt ou tard un cadavre — c’est bien un bouquin sémillant et guilleret que nous offrent les éditions de L’Aube. Une belle découverte ne pouvant se résumer ni à la chick lit que je craignais sans la redouter, ni au polar laborieux que je redoutais sans le craindre. Un côté frais et léger assumé, sans être ni mièvre ni limité. A l’image de notre héroïne, finalement, qui bien que triplement maman de jeunes enfants n’en reste pas moins une femme médecin en long, bien long, bien trop long congé parental.

Je me souviens, une dizaine d’années plus tôt, avoir clairement dit à une copine de fac :
« Moi, je me verrais bien mère au foyer. »
Et je le suis.
Et je ne m’y vois plus.
Je sais ce qui m’avait plu dans ce fantastique plan de carrière : l’idée de pouvoir organiser mon monde à ma sauce. Ne pas me prendre la tête avec un chefaillon, ne postuler à rien, être présente partout. Peut-être bien que les enfants n’étaient alors que l’alibi qui me permettrait de rester chez moi. Peut-être qu’ils le sont encore, même si je les menace régulièrement de les passer par la fenêtre, et que je ne cesse de jouer avec le fantasme de tout plaquer, comme dans La crise. Paradoxalement, c’est ce genre d’histoire qui m’aide à tenir. Savoir qu’il est possible de claquer la porte un matin, sans remords. Je crois que mon mari assurerait mieux que Vincent Lindon, en plus.

Et qui dit contact fréquent, limité, et journalier, avec trois adorables petits monstres, peut laisser présager un intérêt démesuré pour un évènement pour le coup bien sérieux et bien adulte : la découverte d’un cadavre dans le cagibi de l’immeuble. Voilà notre héroïne, adepte des listes, des bonnes résolutions, de la bonne volonté, mais aussi victime de coups de mou, d’une famille bordeline, et de préoccupations qui me sont familières (Française expatriée en Suisse, pour ne pas le préciser) qui — croyant pister un criminel — va se retrouver confrontée à de drôles de découvertes, sur son entourage et sur elle-même. Car que venait faire cette boite de médicaments lui appartenant dans la main du mort ? L’histoire est rondement menée, et file aussi vite que filent la pensée et la verve de notre trentenaire jusque là sans histoire (si l’on fait exception d’une maman dont elle est orpheline, d’un père entré dans les ordres, d’un frère maniaco-dépressif, d’une grossesse gémellaire non anticipée et d’une carrière en stand-by). Tous les éléments sont en place pour passer un bon moment, ajoutez-y une grosse pincée d’humour et vous trouverez la recette savoureuse.

Il y avait le cadavre dans le placard de l’entrée, couché sur la poussette des twins, et reposant contre son flanc, à peine cachée par son tee-shirt trop large, une boite vide de midazolam.
Une boite de benzos, sur laquelle se détachait un mot manuscrit : « Gaël ». Un mot que j’ai déchiffré d’autant mieux que c’est moi qui l’avais écrit.
Une boite sur laquelle j’ai déposé mes empreintes, pour mieux la planquer dans mon sac à main.
J’ai donc un cadavre sur mon palier, ce qui ressemble fort à un suspect, et un délit de soustraction de preuve sur les bras.
J’ignore si cela va beaucoup contribuer à me décentrer, mais à l’évidence, cela me détourne de mes soucis bassement domestiques. C’est Adrien qui sera content.

Parce que les petites angoisses (ah le charme de la baby-sitter qui n’a pas, elle, six kilos post-grossesse à perdre), les vrais questionnements (reprendre le travail sans devenir une mère indigne) et les interrogations profondes (où en est mon couple, exactement) ne cesseront pas de sitôt de parasiter les pensées féminines et d’alimenter les conversations des apéros entre filles, Lavage à froid uniquement devrait parler au plus grand nombre d’entre nous. Et puisque c’est bientôt l’été (mais si) et qu’on a parfois envie de lire en gardant le sourire aux lèvres, sans se prendre la tête mais tout en restant exigeantes sur le style et sur l’intérêt de l’histoire, alors oui, sans aucun doute, vous trouverez là la lecture idéale à acoquiner avec votre chaise longue, votre parasol et votre panaché bien frais.

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Par Amandine Glévarec

Logo de l'éditeur, Lavage à froid uniquement, L’Aube, 2016, 267 p.
ISBN 9782815914161978-2-815914-16-1

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