« La Fille qui posait des lapins » de Davide Giglioli

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Ce Torticolis, tout particulièrement, donne mal au cou. Publié en bilingue, il est imprimé en tête-bêche. Mais le plaisir vaut bien l’acrobatie tellement est savoureuse l’histoire de La Fille qui posait des lapins. Et surtout celle de son père – romantique invétéré – contraint de larguer – pour le compte de sa progéniture – les amoureux périmés. Je ne sais pas où Davide Giglioli a trouvé cette idée un peu folle, mais le résultat est vraiment réussi. D’accident de vélo en envolées lyriques, de pasteur saoul, mais drôle, en fin qui finit bien, l’auteur nous balade de surprise en surprise et de ville en ville.

« Félicitations Charles !
Très bien joué ! »
Et je lève mon verre en plastique d’Orangina.
« Merci…
— Georges. Je m’appelle Georges Pozzi. »
Il lève le sourcil de l’œil gauche.
« Marinette m’a dit avoir raté le train pour Lyon hier. Mais je ne m’attendais pas à recevoir la visite de son père aujourd’hui.
— Marinette ne viendra pas, Charles.
Elle vous aime beaucoup ; mais elle n’est pas amoureuse de vous.

Le spectacle par contre était exceptionnel !
Je l’ai beaucoup aimé. »

L’écriture est sublime et le ton toujours juste, et drôle, ce qui n’est pas donné au premier bouquin venu. Nous sourions des amours volages de la Marinette, et des tournures alambiquées de son Georges de père. Le propos se veut aussi parfois plus profond et mérite sans peine une seconde lecture. Une courte nouvelle de 70 pages qui nous laisse sur notre faim, tellement nous aurions aimé ajouter certaines villes à la liste de celles où vivent les éconduits. Sans chauvinisme aucun, rien que la balade dans Lyon mérite à elle seule le détour par ce joli petit fascicule vert et rose des éditions Torticolis et frères.

Il y a des gestes qui percent le temps : « Mais qu’est-ce que cette lumière pleine de vertiges, regard de femme qui te foudroie », Paolo Conte, toujours lui.
Il y a des gestes qui sont famille : les étés à la maison passés à préparer le coulis de tomates, les dames-jeannes de vin dans la cave à embouteiller, ma mère qui cuisine, la nappe dont on ne se sert qu’à Noël.
Il y a des gestes débraillés, de rage, de désespoir, de solitude, notes fausses et discordantes qui servent à comprendre ce que la musique est, quand nos oreilles reviennent à en savourer l’harmonie, les allegro andante ainsi que les pauses et les largo.

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