« Jusqu’ici tout va bien » de Fred Valet

Couverture de Jusqu'ici tout va bien, de Fred Valet

Une fois n’est pas coutume, j’ai rencontré l’auteur avant de lire le bouquin. Par le biais d’un ami commun, et grâce à la magie de Twitter, j’ai donc bu une (ou deux ou…) bières avec ce grand jeune homme qu’est Fred Valet, à une table du Great Escape, où l’on s’entendait autant qu’on se voyait, assez peu donc. C’est ensuite, toujours avec un grand plaisir, que j’ai retrouvé la personnalité du bonhomme, un drôle de mélange d’humour et de tendresse, tout au long des pages de Jusqu’ici tout va bien. Car ce livre, avant d’être publié, était un journal, tenu tout au long de la grossesse de sa femme par le futur papa, qui passe d’une joie sans faille à des angoisses bien plus profondes. Le ton est léger, mais grave, et comme l’indique très clairement l’avertissement en préambule :

Ce livre n’est pas un manuel de super futur papa. Je l’emmerde, le super futur papa.


On sent, on sait, que Fred Valet est journaliste avant d’être écrivain, et c’est tout l’intérêt de ces 117 pages qui se lisent à vitesse grand V. Faut dire que dès le début, nous sommes mis dans le bain, façon de parler évidemment :

« Fred, ça coule.
— Ça coule comment ?
— Ça coule encore.
— Ça coule encore COMMENT ?
— Ben ça n’arrête pas de couler et ça ne sent pas le pipi. (La main sous les narines)
— T’es en train de perdre les eaux ou quoi  ? (La main sur le téléphone) »

Parce que oui, on commence par l’accouchement. Il n’y a pas de mystère, on sait bien que tout ça se terminera par un bébé, mais une grossesse c’est long, et visiblement compliqué. Entre le résultat du test, qui fend en deux le cœur du papa, d’angoisse ou de joie, ou des deux, et l’annonce à la future grand-mère, nous vivons avec Fred de sacrés moments, qui donnent le sourire. On s’amuse de ses questionnements, de ses idées bizarres (écrire une lettre à toutes ses ex, passage mémorable), de ses achats impulsifs (une voiture, avec un siège bébé, tout de même), de ses projections farfelues (Ma fille sera lesbienne. Une jolie lesbienne. Qui ne verra jamais un vrai pénis en érection.), de ses pensées saugrenues (Surtout rester sur la voie de droite, ceinture bouclée et portable dans la poche. Je n’ai plus le droit de mourir. Même pas un tout petit peu.), et on fond aussi de son regard sur la future maman, même si la cohabitation offre parfois quelques déconvenues :

Je suis à deux doigts de louer un studio pour pouvoir pisser en paix. Depuis quelques semaines, Avril vomit en pilote automatique et la salle de bains s’est transformée en un lieu hautement prisé.
Les nausées.
Comme dans une boite de nuit parisienne, il faut réserver des semaines à l’avance pour espérer avoir une bonne place.

Il y a dans Jusqu’ici tout va bien un savant dosage entre tendresse, humour et prise de distance avec cet énorme chamboulement qu’est une future naissance. Avec honnêteté et simplicité, sans fausse pudeur, sans se la jouer ou se la raconter, à son image donc, Fred Valet nous fait rentrer dans son intimité, et on sent en le lisant toute la chance que nous avons à partager ces instants, pas si drôles, pas si anodins, avec cet auteur en herbe dont j’attends avec impatience le prochain livre. Les changements de sujets, d’interlocuteurs, mais aussi un vrai talent littéraire, un vrai savoir-faire de la mise en scène, de la montée du suspens, et bien que le sujet soit « classique », font qu’on ne s’ennuie pas une seconde dans ce livre que je vous recommande chaudement. Pour le plaisir, un aperçu de l’un des derniers chapitres :

Huitième mois.
Vingt-quatrième kilo.
Dans la cuisine, Avril est belle comme un orage de juillet. Celui qui nous tombe sur la gueule alors qu’on sautille en tongs sur des trottoirs bouillants. L’effet de surprise s’est méchamment dissipé. Au huitième mois, une femme enceinte n’est plus une femme enceinte, mais une maman enracinée dans une file d’attente.
(…)
Je m’emmerde.
Je fais la liste des choses qu’un homme doit accomplir avant l’accouchement.
Se réjouir.
Avoir peur.
Dépenser l’argent sans compter.
Compter sur ses amis.
Soutenir sa femme.
Ne pas demander le divorce.
Pleurer en toute discrétion.
Imaginer demain.
Imaginerdemainimaginerdemainimaginerdemain.

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Par Amandine Glévarec

Logo de l'éditeur, Jusqu'ici tout va bien, BSN Press, 2013, 117 p.
ISBN 9782940516049978-2-940516-04-9