« L’Image de la Suisse » de Gianni Haver et Mix & Remix

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Débarquer dans un pays pour y vivre n’a rien à voir avec le fait de le traverser pour le visiter ou de lire des récits de voyages s’y déroulant. C’est une évidence et pourtant au cours de ces premiers mois passés en Suisse, je me suis souvent surprise à jouer malgré moi au jeu des 7 différences. La Suisse a cela de trompeur pour une Française qui s’y installe que tout paraît semblable, et pourtant la complexité de l’intégration dépasse rapidement le simple fait de remplacer soixante-dix par septante ou de se dire adieu pour se dire bonjour. Je me souviens encore de mon rire lorsque j’ai appris qu’après un troisième échec pour passer son permis de conduire, il fallait aller voir un psy avant de tenter un quatrième essai. Au-delà de l’anecdote, et sans pour autant commencer à préparer mon examen de naturalisation auquel je ne pourrai prétendre que dans 9 ans et 11 mois (et ainsi obtenir le fameux passeport rouge), la lecture de L’Image de la Suisse m’a apporté un lot de connaissances concrètes, qui me permettent de mieux appréhender ces différences.

Cet ouvrage est d’une part concis, il va à l’essentiel, et d’autre part complet car il aborde des thèmes aussi divers que les mythes fondateurs, les constructions, les relations avec l’extérieur ou les symboles. Il permet de s’interroger sur ce qui unifie un pays aux habitants d’origines, langues voire mentalités si différentes. La lecture est aisée, concrète mais aussi ludique, grâce aux illustrations lapidaires de Mix & Remix. Le parcourir tout en échangeant avec un Suisse pure souche est source d’étonnements car finalement nous sommes deux à découvrir des choses (et non, ce n’est pas Guillaume Tell sur les pièces de 5 francs). Bizarrement, lire une information lui donne plus de poids que de l’apprendre de la bouche de quelqu’un. Sans que la lecture de L’Image de la Suisse ne frôle l’étude, il s’agit bien de quelque chose de sérieux, d’essayer d’atteindre une compréhension réelle du nouveau monde qui m’entoure. Même si l’étonnement est souvent au rendez-vous.

S’expatrier est une expérience riche à tous les niveaux. Il y a l’émotion de laisser derrière soi ce que l’on maîtrisait et le nombre d’informations à ingérer. La législation est différente, le vocabulaire (l’accent vaudois…) est « exotique », les références culturelles sont inconnues, l’histoire parle toujours de révolution et de démocratie, mais ces concepts n’expriment plus la même chose. S’intégrer dans un pays étranger, quel qu’il soit, passe par une phase d’apprentissage brut obligatoire. Pour échanger avec l’autochtone, il faut faire un pas vers lui et montrer qu’on s’intéresse à son patrimoine, à son histoire. C’est au-delà de la simple politesse. Alors bien sûr, je ne pense pas parler tout de suite de Winkerlried ou exprimer une opinion sur le Général Guisan, mais si ces sujets tombent sur la table, je ne me sentirai pas complètement à côté de mes pompes.

Un livre bien fait comme celui-ci, qui ne vise pas l’exhaustivité et qui est à peu près tout sauf rébarbatif, est un outil non négligeable. J’avoue même que j’aimerais voir s’il n’en existe pas un sur la France, que je crois connaître mais qui me réserve sans aucun doute bien des surprises. Mais là, c’est mon côté chauvin qui ressort. Chut.

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Par Amandine Glévarec

Logo de l'éditeur, (ill. Mix & Remix), L’Image de la Suisse, Loisirs et pédagogie, 2011, 128 p.
ISBN 9782606013905978-2-606013-90-5

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