« Hécate » de Frédéric Jaccaud

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Cette chronique commencera par un avertissement : gare aux âmes sensibles. Du sordide, réel ou inventé, vous en trouverez à chaque page, vous voilà prévenus. Prostitution d’une jeune enfant, zoophilie, SM, cruauté et misère, rien de plus que ce qu’on lit dans les rubriques faits divers me direz-vous. Et pourtant. L’avantage d’un entrefilet, aussi abject soit-il, c’est que notre esprit nous préserve d’y penser trop longtemps. On grince des dents une seconde, on se dit comment est-ce possible, où va le monde, et cinq minutes après on réfléchit à la liste des courses à faire. C’est une autre histoire qu’un roman, qui lui prend tout son temps pour disséquer les racines du mal, comment tout a commencé, comment tout a continué, comment tout a recommencé.

Avertissement
À l’exception des extraits, tirés d’un article du Monde (« Le fait divers qui embarrasse le gouvernement slovène », 10 mars 2010), qui surplombent les chapitres, il n’y a rien, dans ce livre, qui soit issu du réel ; aucun fait, aucune personne. L’auteur se rend coupable de manipuler personnages et récit pour entraîner le lecteur dans l’obscène et l’absurde.

Anton Pavlov – histoire de chien déjà ? – simple flic affecté à la circulation routière, entre dans une pièce où il n’aurait jamais dû mettre les pieds. Scène de crime – ou de suicide – dans laquelle un riche médecin de Ljubjiana a été mis à mort par ses trois bullmastiffs. Au mur, une reproduction du tableau de William Blake, représentant la déesse Hécate dont – l’auteur n’oublie pas de le mentionner – le deuxième surnom était Canicide (Google confirme). Entre les cuisses du docteur mort, un attribut en plastique qui ne laisse pas de doutes sur ses travers sexuels. Le policier n’en reste malheureusement pas là. Pour accepter ce qu’il a vu, il va vouloir comprendre. Bien loin des lecteurs de faits divers, qui jugent et admettent dans le même temps, il va se retrouver pris au piège d’une spirale bien trop tortueuse pour que son esprit ne le supporte. La nature a horreur du vide, dit-on, Anton Pavlov, alors, comble les trous, à sa manière.

Sacha X s’est filmé volontairement pour annoncer quelque chose au monde, une vérité qui lui était propre – reste à découvrir le sens caché de cette mise en scène. Mais tout cela n’est peut-être que la construction d’un esprit qui refuse, à la différence du commun, la vacuité de l’obscur, de l’obscène. L’homme est-il capable de produire quelque chose qui serait dénué de sens ?

Roman bien trop malsain, difficilement supportable, parfois un peu trop sensationnaliste (triste travers des faits divers), et qui marque, pourtant. Qui peut même éventuellement interroger. Sur ce qui fait de nous des hommes, et non des chiens, sur les chemin tortueux qui nous permettent d’accepter ou d’oublier, sur l’horreur quotidienne et la facilité avec laquelle nous la rejetons. Un roman noir qui porte tellement bien son nom que nous n’en sortirons pas indemnes. À lire, ou à fuir.

Depuis plus de dix ans, Milena vit en France. À trente ans, c’est une femme intégrée dans une société réelle et lisse ; la ville qui l’entoure est constituée de briques et de béton ; le sol dur ne se dérobe pas sous ses pieds. La jeune femme évolue dans cet univers solide sans crainte. Tout ce qu’elle a connu auparavant est derrière elle. Ici, personne ne connaît son passé ; ce récit boueux, un mauvais rêve. Chaque matin, ses promenades dans le centre de Mulhouse lui permettent d’occulter les souvenirs qu’elle ne veut pas se rappeler.

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