« Fille facile » de Dunia Miralles

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Je me souviens d’un refrain agaçant qui parlait de femmes libérées, et du fait que ce n’était pas si facile. Je me garderai bien d’être vulgaire en évoquant cette rengaine démodée, mais n’empêche que ça fait du bien de lire les nouvelles de Dunia, qui remettent un tantinet les pendules à l’heure. Les héroïnes de notre héroïne savent – pour la plupart – ce qu’elles veulent, et osent croire à l’amour, ou le faire, tout simplement. Parfois ça revient un peu au même, parfois c’est un petit peu plus compliqué. Les femmes d’aujourd’hui n’ont rien à apprendre des hommes, elles savent prendre leur plaisir où elles veulent, où elles peuvent. Derrière ces frasques crues, on devine les petites filles, qui désirent encore rêver, qui à l’homme idéal, qui à la femme idéale, à ceux qui sauront les prendre dans leurs bras, les consoler, les chérir, les aimer. Le fantasme dépasse parfois la réalité.

— Malgré ce que vous m’avez raconté à votre sujet, je considère que vous êtes une femme très bien Fanny. Un autre à ma place aurait pensé qu’avec une fille comme vous, il risquait soit de se faire voler, soit d’attraper une maladie. Or, je suis convaincu que vous êtes une honnête femme en bonne santé. Sinon je ne vous aurais jamais invitée chez moi, là où vivent mon fils et mon épouse, et je ne vous aurais certainement pas pénétrée !
Monsieur de Callet continue de sourire, satisfait, certain de sa bonté. Détruite, Fanny concentre ses efforts pour ne pas s’effondrer.

Déesse du cash et du trash, je t’aime pour tes paroles crues Dunia, pour cette rage et cette envie de vivre que l’on découvre entre tes lignes. Tu y vas et tu n’as pas peur, certainement pas du jugement d’autrui, encore moins de tes failles ou de tes peines. Je te découvre tendre et enamourée, naïve de temps en temps, quelquefois abusée par ceux qui abusent. Derrière tes héroïnes, cette Fanny fragile mais dite facile, ou cette anonyme désenchantée qui se découvre romantique, derrière cette jouisseuse qui vit le rock et qui aime le laisser la pénétrer, derrière cette Narcisse qui lutte contre une rivale d’une façon inattendue et ô combien langoureuse, c’est toi que je crois voir, charmante Dunia. Fragile, libérée, aucun de ces termes ne t’englobe car tu es femme, et les femmes sont facettes. C’est bien pour cela qu’elles brillent.

Ce jour-là, il y avait le cahotement du train, le soleil par la fenêtre et tes yeux aigues vertes.
Nous quittions la neige de nos montagnes pour le climat plus clément du bord d’un lac. Une journée. Juste le temps d’une escapade pendant que mon homme, la panse pleine de bière et de mauvais vin, dilapidait les allocations de notre chômage en jouant aux cartes avec des vauriens. J’en avais assez. Assez de ces mecs-là. Sales. Buveurs. Grossiers. Pour une fois, je voulais m’amuser, dépenser, enjoliver la morosité de mes jours, combler l’ennui de mes nuits.
Tu étais belle et j’étais fière d’être près de toi.

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