« Fiasco FM » de Flynn Maria Bergmann

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Flynn, je t’aime.

Je ne sais pas si je dois dire Flynn Maria ou Flynn tout court, mais ça ne change pas grand-chose à ma déclaration. Je t’aime parce que tu as écrit ce livre, Fiasco FM. Du coup, j’aime aussi les éditions art&fiction pour l’avoir publié. En gros, depuis que j’ai lu ce livre, j’aime tout le monde. Je ne suis pas du genre fleur bleue, loin de là, mais lire des poèmes d’amour, ou de la prose poétique d’amour, ou de grosses lettres (sic) d’amour, ça m’a beaucoup touché.

Je viens de casser un verre par accident, et cela m’a fait penser à toi mais aussi à ce que j’aurais aimé te faire, et pas seulement par accident.

Passé les salutations liminaires et ce préambule, afin de bien comprendre l’objet que je tiens entre les mains tout en écrivant cette chronique (au sens métaphorique, bien sûr), il faut imaginer que la petite citation ci-dessus occupe une pleine page. C’est une des particularités d’art&fiction, pour ceux qui les connaissent déjà : le travail graphique s’allie au texte, le soutient, lui donne une résonance autre. Le texte prend de l’ampleur, au sens premier du terme, certes, mais aussi dans un sens plus allégorique. Chaque « poème » (les guillemets sont nécessaires) occupe donc une pleine page, et nous emmène à la découverte d’un amour perdu, du désespoir du narrateur, de ses regrets.

Il pleut des cordes aujourd’hui. Tant mieux. Ainsi je pourrai me pendre à l’une d’elles lorsqu’elle passera devant ma fenêtre, et si jamais elle se casse cela ne sera pas trop grave puisque je m’écraserai au sol trois secondes plus tard, une vraie bouillie. Je te laisse, la pluie est en train de faiblir.

Les textes, relativement courts, sont presque toujours adressés, comme autant de billets de regrets, à cette compagne dont on ne sait presque rien – et ne comptez pas sur moi pour révéler ce presque rien. Le ton est celui auquel Flynn Maria Bergman nous a déjà habitués : une prose (ou poésie) léchée, juste, sans fioriture. Un rythme claquant, des tournures qui éclatent. Et, surtout, il y a dans ces mots de dépit des touches d’humour : ainsi, on frémit, on est pris, empoigné et malgré soi ou presque on sourit. Une légèreté (feinte ?) dans le deuil qui éblouit.

J’ai collé sous le timbre de la poste celui de ma voix et glissé à l’intérieur de l’enveloppe un carnet taupe aux pages vierges comme le vent. Tout ça tu le recevras par express, et en recommandé, et si tu as toujours peur ou pas envie ou je ne sais quoi, j’ai déjà écrit pour toi avec du jus de citron retour à l’expéditeur.

La douleur, c’est tout l’art de Flynn Maria Bergman, ne s’autorise aucun détour : ni voyeurisme, ni abîme romantique, ni déclamation. Les pages, on les tourne avec passion, les mots, on les boit avec courage ou avec rictus. Jamais de lourdeur, jamais de larme extirpée, aucun forceps dans la détresse. De considérations sur l’amour, on ricoche à des panoplies de noms propres, des catalogues de ce qu’on aurait pu être ou toucher. On ne cesse de voler de rêve en peut-être. Et, quand on croit pouvoir reprocher du lyrisme, voilà que…

P’tite culotte
P’tite culotte
P’tite culotte
P’tite culotte
P’tite culotte
P’tite culotte
P’tite culotte
Ouvre-moi
ta porte

Alors, vous tous, désespérés de l’amour, entremetteurs, pantouflards du couple, énamourés volages, fidèles épouses et époux, désespérés de l’âme sœur, allez-y, foncez chez votre libraire et demandez-y une dose de Fiasco FM.

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Par Bertrand Schmid

Logo de l'éditeur, Fiasco FM, Art&Fiction, 2011, 128 p.
ISBN 9782940377701978-2-940377-70-1

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