« Les Feuilles du mal » de Jean-Luc Fornelli

Jean-Luc Fornelli, Les Feuilles du mal

Avez-vous déjà éclaté de rire en public, rien qu’en feuilletant un livre dans une librairie ? Dans une telle situation, qu’est-ce qu’on se sent soudain très Mal, très seul surtout, mais qu’est-ce que ça fait du Bien !

Si je n’avais pas connu Jean-Luc Fornelli avant, j’aurais initialement pu penser que son dernier bébé Les Feuilles du mal était un polar, avec son titre faisant référence au côté obscur, une couverture sombre à faire flipper et un éditeur (BSN Press) souvent attiré par le roman noir. Mais rien de tout cela. Avec cet amateur de bonsaïs et d’haïkus, amoureux des bons jeux de Maux, vous allez découvrir le côté obscur de la farce, vous marrer comme un dauphin à défaut de flipper et, de noir, vous n’y trouverez que de l’humour.

On dit que le rire est le meilleur des remèdes, mais aussi qu’il est contagieux. Une contradiction, selon vous ? Eh bien, pas du tout ! Car chez Jean-Luc Fornelli – un peu comme dans tout bon polar – plus c’est Mal, plus ça fait du Bien. Si vous êtes sujet au blues du lundi, sensible au temps maussade ou carrément dépressif, vous pouvez bien évidemment toujours consulter un psy… ou choisir de lire Fornelli.

Peut-être qu’après sa première nouvelle – Le romancier qui n’écrivait que des titres… – vous en redemanderez, tant vous serez devenu accro à l’instar de votre serviteur. Le cas échéant, rassurez-vous, il y en a une deuxième, Le romancier qui n’écrivait que des titres (suite). Et bien sûr, hommage à quelques titres de polars dans ce choix parfaitement arbitraire :

Le chien jouait au basket en ville
L’Arme à l’œil
Le tueur au string s’appelait Marcel
Pas d’alibi, pas de chocolat
11 septembre, un bizutage qui tourne mal : l’impossible témoignage !

A l’inverse, peut-être qu’après cette introduction sous forme de mise en bouche en tout Bien tout honneur, demeurant désespérément imperméable à cette thérapie par le Mal, vous conclurez : « comme c’est cul… » Eh bien, une nouvelle fois, vous n’y êtes pas du tout ! Car contrairement à votre psy, Jean-Luc Fornelli n’est certes pas remboursé par la Sécu, mais son livre restera néanmoins toujours meilleur marché que la franchise de votre assurance maladie. Et du cul, le livre en contient d’ailleurs aussi, notamment (liste non exhaustive, comme aiment le préciser les juristes) dans ses nouvelles De l’invention précoce et insoupçonnée de l’écologie érotique… (qui évoque de façon poilante l’invention du vibromasseur au temps des hommes des cavernes) ou encore La Première collection de Zahia, dans laquelle un journaliste interviewe à chaud l’ex-call girl à l’occasion d’un savoureux face à face :

Journaliste : Zahia… C’est combien ? Je plaisante. Plus sérieusement, vous êtes passée de la prostitution de luxe à la haute couture, vous me direz que pour les mauvaises langues, c’est pareil… Vous venez, contre toute attente, de présenter votre première collection. D’où vous est venue l’inspiration ?
Zahia : (Longue hésitation) Euhh : oui… (Long silence).
Journaliste : Zahia vous venez de présenter votre première collection haute couture, où avez-vous puisé l’inspiration ?
Zahia : (Longue hésitation) Euhh : non…
Journaliste : Zahia vous venez de présenter votre première collection “hot“ couture, quelle a été votre source d’inspiration ?
Zahia : Ah ! Oui, non… Ahhh bien sûr ! Ma principale source d’inspiration a été… Frank Ribéry. Vous savez, il est cousu et recousu de partout mon Franky. A tel point qu’au lit je l’appelais Frankenstein Ribéry… On riait beaucoup. Il est si gentil ! Un jour, il m’a même offert une Barbie. C’était mon Ken. Ou plutôt mon Franken… Ribéry. On s’amusait bien. Hi hi hi !

Bref, ce livre est un véritable petit bijou, complètement décalé et intelligemment absurde. Et même si, comme moi, vous n’êtes nullement sujet à la dépression, il n’est jamais interdit de se faire vacciner préventivement. C’est totalement gratuit. Rire chez soi ou en public – même du Mal – n’a jamais tué, mais ne peut assurément que vous faire le plus grand Bien. En guise de conclusion slogano-publicito-absurde, Les Feuilles du mal, c’est Fort, c’est Frais, c’est Fornelli !

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