Entretien avec Olivier Sillig

Olivier Sillig

O. Selfie-Cheu – La rédac’ chef du blog, fort occupée par de nouvelles contraintes professionnelles, m’envoie vous interviewer, Olivier Sillig. À mon départ, elle m’a suggéré : ce vieux charmeur, branche-le sur les communautés des années 70. Que vous avez bien connues évidemment ?

Olivier Sillig – Moi ? À peine, juste côtoyées, quelques-unes de mes sœurs, quelques amis et amies. Mais je sais que je parle bien, voire mieux, des choses que je ne connais pas, ou mal, l’Afrique, la guerre, l’amour, le sexe. Et, vraisemblablement, de la vie aussi, sans doute.

Charmeur ? Vous trouvez que j’ai l’air charmeur ?

O- S.-C. – … ?

O. S. – Votre redac’ chef se référait à Jiminy Cricket, pas à moi. Comme beaucoup d’autres, elle a été séduite par Jiminy. J’en suis tout stupéfactionné.

O- S.-C. – Stupéfait ?

O. S. – Stupéfait ? Si vous voulez. Enfin, il faut bien admettre que les livres sont des auberges espagnoles, où le lecteur trouve ce qu’il y apporte. Pourtant, au moment où le drame se noue, devant la communauté réunie sur les marches devant la cuisine, Jiminy effectue un tour de magie très simple, qu’il dévoile aussitôt après. Comme toujours dans la prestidigitation, une main distrait l’attention du spectateur pendant que l’autre fait les choses importantes. Eh bien, ce qui me stupéfie…

O- S.-C. – Stupéfie, oui.

O. S. – Eh bien, ce qui me stupéfie, c’est que mon roman, mais à mon insu, fait la même chose. Je découvre que les lecteurs sont charmés par l’histoire de Jiminy main gauche, qui éclipse totalement l’histoire de Jiminy main droite.
Mes livres fonctionnent quand ils contiennent une couche consciente, délibérée, mon propos initial, et une couche sous-jacente qui m’échappe. Ici apparemment, je me suis fait avoir par cette seconde couche. Dans une démarche un peu allégorique, mon idée de départ était de démontrer comment, pour des raisons historiques ou congénitales, un être qui n’a pas d’identité intérieure s’en construit une, extérieure : ici la communauté, qui devient le ciment de sa personnalité, et qu’il cimente en retour par son entregent et son allant sexuel. J’admets qu’il le fait bien et avec charme. Depuis la sortie du livre, mon héros m’échappe. J’en suis surpris et plutôt ravi.
Moi, j’ai mes livres.

O- S.-C. – Vous, vous avez vos livres ?

O. S. – J’ai les livres que j’écris.

O- S.-C. – Les livres que vous écrivez ?…

O. S. – Oui, et qui sont plus beaux, ou plus intenses que la vie, avec des humains plus humains et plus présents. Ils me façonnent.

O- S.-C. – Mais ces livres, c’est vous qui les écrivez !

O. S. – Oui, c’est bien moi qui les écris.

O- S.-C. – Et il y en aura d’autres.

O. S. – Hein, hein.

O- S.-C. – Des projets ?

O. S. – Oui. Dans le prolongement des réactions autour de Jiminy, j’ai compris que Jiminy était, en plus clair, en moins noir, le symétrique de Bresel, le héros de Je dis tue à tous ceux que j’aime, un roman que j’ai publié en 2004 et qui va donc être réédité en poche, et à nouveau traduit en espagnol au Mexique.

O- S.-C. – Au Mexique ?

O. S. – Comme Skoda. Oui, l’année s’annonce riche. Avec entre autres Le Poisson tricolore, une autofiction pour enfants de six à soixante-cinq ans (l’âge que j’aurai quand le livre sortira) dans une collection végane, et à l’opposé Jambon dodu, un livre délirant dans un quartier de viande parisien, autour des années cinquante-soixante.

O- S.-C. – En tous cas, vous menez bien votre vie !

O. S. – Jean-Sol Partre a dit : « on est condamné à être libre », il faut bien faire semblant.

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