Entretien avec Mélanie Richoz

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Amandine G. – Pouvez-vous nous raconter ce qui vous a menée à l’écriture et d’où vous vient votre inspiration ?

Mélanie Richoz – Il y a dix ans, un ami journaliste m’a défiée en me proposant d’être chroniqueuse dans son journal. Comme j’aime les défis, j’ai accepté et j’ai commencé à écrire. C’était très excitant d’observer le monde. De le regarder autrement et d’y mettre son grain de sel. J’avais un petit carnet que j’emmenais partout ; j’immortalisais des instants et des anecdotes auxquels j’avais désormais accès, puisque j’y prêtais attention. Puisque je les traquais. C’était magique, ce premier rapport à l’écriture.

La parution hebdomadaire de ces chroniques m’a donné de l’audace et de l’endurance ; ce qui m’a permis d’écrire deux pièces de théâtre dont l’une a été adaptée en livre illustré (Je croyais que, Slatkine, 2010). Par cette publication, une relation de confiance s’est établie avec Delphine Cajeux, mon éditrice. J’ai donc osé lui soumettre mon premier roman (Tourterelle, Slatkine, 2012), puis le second (Mue, Slatkine, 2013) et dernièrement mon recueil de nouvelles (Le Bain et la Douche froide, Slatkine, 2014).
Je ne crois pas à l’inspiration mystique, mais aux gens. À leurs mots, à leurs gestes, à leurs contradictions, à leurs défenses, à leurs fragilités, à leurs aspirations. Je les écoute, les observe. Me laisse surprendre.
Écrire, c’est les autres.

A. – Comment passe-t-on de l’écriture d’un roman à un recueil de nouvelles ? Deux d’entre elles ont déjà été publiées auparavant, de là à penser que vous êtes nouvelliste depuis longtemps, il n’y a qu’un pas. Le franchirez-vous ?

M. R. – Je ne sais pas à partir de quand on est écrivain, romancier ou nouvelliste. Et à vrai dire, je m’en fiche. Ce qui important, c’est d’écrire.

A. – La prestigieuse maison d’édition Slatkine vous suit depuis vos débuts, il y a donc de belles rencontres possibles entre un auteur et un éditeur ?

M. R. – Oui, il y a de belles rencontres entre auteurs et éditeurs. J’ai une confiance entière en mon éditrice. Il y certains textes que je n’ose d’ailleurs faire lire qu’à elle… Parce que je la sais bienveillante, rigoureuse et exigeante.

A. – Plusieurs nouvelles du recueil Le Bain et la douche froide sont écrites à la première personne, et c’est pourtant une de celles écrites à la troisième personne – Le Journaliste – qui semble la plus autobiographique. Vous aussi vous avez l’impression d’être une poupée quand on vous interviewe ?

M. R. – Oui, j’ai malheureusement parfois l’impression.
C’est très étrange de parler du pourquoi et du comment d’un livre ; parce qu’en l’écrivant, je ne me pose pas ces questions. Je ne suis pas dans l’analyse, mais dans l’écriture. Dans quelque chose d’émotionnel, de sensoriel ou d’existentiel, mais pas d’intellectuel. J’y mets du cœur, j’y consacre du temps, beaucoup de temps, et j’y laisse mes tripes… J’y mets tellement dans l’instant qu’en interview, je ne vois pas quoi rajouter, il me semble déjà avoir tout dit, tout donné.
Certains journalistes cependant, comme Pascal Schouwey, ont l’art de l’interview ; il ne demande pas des confirmations ou des justifications mais offre la possibilité à l’auteur, par ses questions, d’entrevoir leur récit d’un autre point de vue. D’en découvrir une autre lecture qui révèle une part de nous-même dont nous n’avions pas conscience.
Le « elle » est un masque que le « je » aime porter. Mais pas tout le temps. Parfois, il préfère le « tu », d’autres fois il assume d’être ce qu’il est, un vrai « je ». Un vrai « je » qui dit, ou ne dit pas la vérité. Un « je » qui joue à être lui, à être les autres, à être. À faire semblant, à s’échapper.

A. – Vous avez un style assez particulier, fait de ruptures de rythme. En quoi cela apporte-t-il quelque chose au récit de couper les phrases au milieu pour les reprendre à la ligne suivante. Est-ce pour un effet musical ? Ou pour une approche plus intime des pensées du protagoniste ?

M. R. – J’aime à croire que le rythme d’un texte est la musicalité intérieure des personnages.

A. – Il faut avouer que vos nouvelles ne sont pas toujours très gaies. Vous le définiriez comment, ce recueil ? Des fragments de vie ? Des moments-clefs ? Des fantasmes littéraires ?

M. R. – Le Bain et la Douche froide est pour moi un recueil de nouvelles et de portraits. Un mélange amer-amour de fiction et de réalité, construit autour d’une phrase entendue ou vécue.

A. – Je crois que vous avez une actualité chargée, faite de rencontres avec vos lecteurs, de lectures en duo et même d’un spectacle pour les enfants ! Voulez-vous nous en dire plus ? C’est important pour vous de soutenir vos livres un moment avant de passer à la prochaine publication ?

M. R. – Je pense qu’il est important de donner aux livres la chance de vivre – ou de survivre, en les soutenant ici et là. En rencontrant les lecteurs.
C’est pourtant un exercice difficile, car une fois qu’un livre est publié, il appartient à celui qui le lit, et plus à celui qui l’a écrit. Mes histoires s’éloignent, m’échappent… et laissent la place à d’autres.

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