Entretien avec Laure Chappuis

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Amandine G. – La petite bête parle d’une petite fille et le thème de l’enfance était déjà abordé dans L’enfant papillon. Pourquoi est-ce important de parler de l’enfance ?

Laure Chappuis – Ah, l’enfance, on y revient toujours… On a tous une enfance, que nous avons chacun vécue différemment, même au sein d’une même famille. C’est un temps qui nous a constitués, ou cabossés, et avec lequel nous entretenons un rapport ambigu. Ce peut être le temps d’un paradis perdu autant que la source de douleurs fondamentales. Il y a forcément un avant et un après…

Ce rapport à l’enfance se réactive, en nous fragilisant aussi, quand on devient parent. L’enfant papillon parle d’ailleurs plus de maternité que d’enfance à proprement parler.

Littérairement, c’est un formidable réceptacle à émotions.

A. – Les livres adoptant le point de vue d’un enfant sont de plus en plus nombreux. À ton avis qu’apportent-ils de plus à la littérature ?

L. C. – Plus nombreux ? Je ne sais pas, peut-être (silence…) Peut-être que ce sont des livres qui parlent au lecteur d’une autre manière, qui viennent le chercher sur un terrain ancien, parfois enfoui. Ce genre de livres permet sans doute aussi de dire beaucoup de choses sur l’évolution du temps, personnel ou culturel. Je ne parle pas de l’autobiographie. Mais la mise en scène littéraire d’un personnage enfantin et de son rapport particulier au monde permet d’éclairer ce monde avec un autre regard, décalé, à la fois naïf et intransigeant.

A. – Le phrasé enfantin de La petite bête n’a pas dû être simple à écrire, t’es-tu relue à haute voix pour t’assurer que le ton était juste ?

L. C. – Oui, c’est un point délicat. J’ai beaucoup testé les expressions enfantines et les déformations de langage. Qui sont pour une grande part un travail d’imagination, de création lexicale au service du personnage, de sa crédibilité. Ce qui était amusant aussi, c’est de mêler ces pures inventions à des expressions entendues dans la bouche d’enfants de mon entourage (rires !). Il faut aussi parfois se faire pilleuse de mots. À la relecture finale, il a fallu d’ailleurs encore trier et éliminer certains tours qui paraissaient moins adéquats – et il s’agissait parfois des expressions réellement prononcées de la bouche d’un enfant en chair et en os !

A. – Tu es professeur de latin, d’où te vient l’envie d’écrire ?

L. C. – C’est vrai que dans un premier temps, je pensais qu’il n’y avait aucun lien entre l’écriture et mon activité professionnelle, qu’il s’agissait de deux mondes tout à fait séparés. En fait, c’est une illusion. Dans le domaine du latin, ce qui m’intéresse avant tout, c’est la poésie, la construction des images, et la distance autant que le miroir que les textes antiques créent avec le monde actuel. Je crois que mon écriture se nourrit aussi de toutes ces images qui peuplent par exemple les bucoliques.

Quant à l’envie d’écrire, elle a surgi à l’improviste, disons plutôt qu’elle s’est imposée à moi moins comme une envie que comme une nécessité. La vie est ainsi parfois !

A. – Et publier, est-ce une nécessité ?

L. C. – En fait, les circonstances ont été différentes pour chaque livre. Au départ, pour L’enfant papillon, ce qui a été une nécessité, c’était d’écrire. Une fois que le texte a été terminé, alors je me suis dit que la publication pourrait être une manière de fixer le texte, de le poser quelque part, et de passer à autre chose. Et j’ai eu la chance que ça se fasse. Pour La petite bête, le processus a été différent, je me suis sentie encouragée à continuer, avec une écriture peut-être plus ludique, même s’il s’agissait aussi de se confronter à sa propre enfance pour de la refaçonner littérairement, autrement. Actuellement, je prépare un troisième titre pour le printemps 2015, qui lui est soutenu par une bourse, ce qui change une nouvelle fois les conditions (favorables !) d’écriture et de publication.

A. – Est-ce que tu te situes dans le paysage littéraire romand, et si oui où ?

L. C. – Me situer ? Tout ce que je peux dire, c’est que je me sens bien au sein des éditions d’autre part. Et j’ai tendance à penser que les choses font leur chemin si elles ont à le faire.

A. – Quelle lectrice es-tu ?

L. C. – Je lis, écris ou traduis joliment toute la journée, dans le cadre professionnel, toujours avec la même fascination. Du coup je suis une lectrice plus épisodique pour les romans, ou la poésie, mais quand je me lance, je suis alors une dévoreuse indélogeable !

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