Entretien avec Jean-Luc Fornelli

fornelli_BAN

Bertrand Schmid – Maître Fornelli… Puis-je vous appeler « maître » ?

Jean-Luc Fornelli – Les titres honorifiques me gênent : appelez-moi Jean-Jean.

B. S. – Bon, alors, Jean-Jean, tu écris depuis quel âge, franchement, avoue.

J.-L. F. – Depuis que je me suis rendu compte que je ne suis que de passage sur cette Terre… Disons depuis l’âge de 6 ans et demi.

B.S. – Tu publies des textes savants, ampoulés, dans l’air du temps, lissés et élaborés. D’où te vient ce constant besoin de perfection ?

J.-L. F. – Mes origines martiennes, sans doute. Les Martiens sont les Suisses Allemands de l’espace : c’est bien connu ! Employer le bon mot au bon moment est une question de politesse. Et comme je pense que la politesse est la clé du paradis terrestre, je m’y emploie.

B. S. – Dans tes Haïkukus suisses, tu livres une vision désabusée de notre société. Tes vers enlevés, d’une maîtrise qui ferait pâlir de jalousie n’importe quel japonais du XIVe siècle, qui ne peut de fait plus vraiment pâlir – disons plutôt qu’il est déjà très pâle… Bref. Pourquoi des haïkus ? Pardon, des Haïkukus ? Est-ce là un pan littéraire qui manquait à la Suisse, selon toi ?

J.-L. F. – Comme je suis curieux culturellement aussi, je m’intéresse à ce qui se fait sur Terre, j’ai découvert le haïku via un pizzaiolo italien, (il y en a de moins en moins, ils sont plus souvent Turcs les pizzaioli de nos jours…), genre qui m’a séduit par sa concision, il va à l’essentiel et comme la vie est courte ça m’arrange. J’en ai écrit de volontairement ratés ce qui leur confère cette touche comique dont je raffole ah ah ah ah ah ah ah. Rien que d’y penser le rire me vient ah ah ah ah ah ah ah… Précisons que je fais plutôt des épigrammes.

B. S. – Je sais de source quasiment certaine que tu aimes la fondue. Y a-t-il là un rapport avec l’helvétisme profond de tes haïkukus (sic) ?

J.-L. F. – Non ! Parce que j’aime aussi le kebab ! Ce qui ne les rend pas plus ottomans pour autant, mes haïku (haïku est invariable !)… D’ailleurs ils ne sont pas particulièrement helvétiques en fait. Ils sont mêmes d’une rare universalité, en toute modestie. Si j’étais né au Belize, il y en aurait de béliziens. Je suis né en Suisse, il y en a qui parlent de la Suisse… Un beau pays avec ses montagnes, ses fromages, ses chocolats, ses banques, ses assurances, ses chimistes : la chance qu’on a de vivre dans un si beau pays avec de si belles montagnes, j’insiste… Les montagnes suisses, les banques, les vaches et les assurances suisses sont beaucoup plus belles qu’ailleurs ! C’est chez nous que l’herbe est plus verte d’ailleurs. La chance qu’on a !

B. S. – Tu te produis aussi sur scène, où tu flattes et manies les foules avec brio et savoir-faire. De la plume aux planches, pourquoi ?

J.-L. F. – La reconnaissance immédiate, saluée par les rires et applaudissements du public émerveillé : quelle sensation grisante. L’impression de plaire et de servir à quelque chose en même temps. Je crois que mon sentiment préféré dans la vie est celui que l’on ressent juste avant de rire, l’éclat en étant sa manifestation. Born to laugh ! Né pour rire ! pourrait être ma devise. Avec « de la tenue même dans l’excès ! »

B. S. – Depuis peu, tu donnes un souffle nouveau à la télévision de Nyon. Et je crois que c’est en rapport avec tes irrévérences sur Facebook. Alors, la question qui tue – non, pardon, pas tout de suite, réponds d’abord –, quel média préfères-tu ? Quels sont leurs avantages et leurs désavantages respectifs ?

J.-L. F. – Après l’écrit, la musique, la radio, le photomontage humoristique : il ne me restait plus qu’à découvrir le média audiovisuel. Alors avec mon smartphone, facile d’utilisation, je me suis mis à faire des petites vidéos que je pense rigolotes, des petits sketches filmés à l’arrache, poético-punks, dont certains avoisinent les 3000 vues. J’y raconte ce qui me vient à l’esprit quasiment en instantané. Une sorte de web série quotidienne par laquelle je suis devenu mega geek sans le savoir. J’ai vite été repéré par Nyon Région Télévision. Ça m’a fait plaisir ! Les gens m’arrêtent au marché pour me dire qu’ils ont bien rigolé « trouvent ça génial » ou qu’ils n’ont pas compris le dernier gag. Je vais bientôt passer à la chaîne youtube pour voir si ça séduit le plus grand nombre et gagner des millions.
Chaque média a son charme – je les aime tous – car ce que j’aime c’est justement leur spécificité et leur diversité. Et surtout de voir ce que je peux en tirer si je m’y frotte. Le désavantage de ces médias, c’est quand il y a des contingences autres qu’artistiques qui interviennent : commerciales, politiques. La censure et l’autocensure ne sont jamais loin ; plus il y a d’intervenants plus elles menacent. L’exposition engendre des critiques d’une bêtise et d’une méchanceté étonnantes… Conclusion : à cause des réseaux sociaux, je pense depuis peu que l’être humain naît mauvais et que seules la culture, l’éducation et la non frustration sexuelle peuvent le bonifier. Tant que ça m’amuse, je continuerai !

B. S. – Bon, mon Luluc, je te laisse le mot de la fin. Je suis bon prince.

J.-L. F. – Tu pourrais me passer le sel (de la vie) steplaît ?

Grand seigneur, Jean-Luc Fornelli nous a offert une vidéo exclusive que vous pourrez découvrir ci-dessous.

Tweet about this on TwitterShare on FacebookShare on LinkedInShare on Google+Pin on PinterestEmail this to someone

Les commentaires sont désactivés.