Entretien avec Catherine Gaillard-Sarron

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Amandine Glévarec – Quel a été le parcours qui vous a mené à publier en auto-édition ?

Catherine Gaillard-Sarron – C’est classique de le dire mais je suis une grande lectrice et j’ai toujours aimé le français et l’écrit. Le temps n’a fait que renforcer cette inclination pour la littérature et l’écriture est devenue, au fil des ans, une véritable passion. L’écriture est ma voie, le sens que je veux donner à ma vie. On ne demande pas à l’oiseau pourquoi il chante : il a sa fonction comme le poète ou l’écrivain.
J’ai toujours écrit des poèmes et des chansons. Ma passion pour les nouvelles date d’une douzaine d’années. On écrit pour de multiples raisons. Pour ma part, j’écris parce que l’écriture me libère et que j’aime raconter des histoires. Au travers de mes divers personnages je peux dire ce qui me tient à cœur, dénoncer et transmettre jusqu’au plus intime. Car qu’est-ce qu’écrire sinon révéler à tous, au travers d’histoires et d’expériences particulières, l’humanité et l’universalité contenue en chacun ?

Après avoir écrit des centaines de poèmes et des dizaines de nouvelles en tout genre, j’ai évidemment envisagé la publication qui est l’aboutissement logique du processus d’écriture pour un auteur. Je me suis alors rapidement rendue compte que c’était quasi impossible pour la poésie et extrêmement difficile pour les nouvelles. Deux recueils ont toutefois paru aux Éditions Plaisir de lire en 2009 et 2010. Depuis, hélas, Plaisir de Lire attend le bon vouloir des donateurs pour publier mes ouvrages et sans subsides, pas de livres. Après avoir patienté 4 longues années et compte tenu du fait que je n’avais plus envie de me lancer dans une recherche d’éditeurs – quête onéreuse, chronophage et par trop incertaine –, j’ai décidé, en août 2014, de publier mes recueils de nouvelles en autoédition, comme je le faisais déjà depuis plusieurs années pour mes recueils de poèmes. Outre de meilleurs revenus, le choix du prix de vente, un temps de production plus court et la conservation de tous mes droits, j’ai le contrôle absolu de toutes les étapes du processus de création de mes livres ainsi que la liberté totale de faire avancer les projets à mon rythme. Autant d’avantages et d’indépendance qui s’avèrent déterminants pour moi.
J’aimerais préciser que l’autoédition n’est pas de l’édition à compte d’auteur. Dans ce dernier cas, l’auteur confie à un éditeur qui pratique le compte d’auteur le soin de réaliser son livre et il le paie pour cela. Dans le cas de l’autoédition, l’auteur réalise lui-même son ouvrage : mise en page, corrections, couverture du livre, demande du n° ISBN, recherche d’un imprimeur, dépôt légal. Il fait exactement le travail de l’éditeur traditionnel et assume également tous les risques de l’opération, de la création à la production.
L’autoédition n’est donc pas une solution de facilité, bien au contraire, c’est un choix difficile et courageux, souvent la seule option qui reste à un auteur déterminé pour mener à terme son travail, car en plus des compétences, du temps, de l’énergie et de l’argent qu’il faut investir pour créer un livre, l’autoédition, à quelques exceptions près, est généralement ignorée voire méprisée par les éditeurs, médias, libraires et littérateurs de tout poil. Pour autant, le fait qu’un auteur soit publié chez un éditeur « reconnu » garantit-il le talent de l’écrivain, la qualité du livre et ses ventes ? Quand un éditeur laisse entendre qu’il ne choisit qu’un manuscrit sur 800, on est en droit de penser que son choix, en plus d’être subjectif, ne peut être qu’arbitraire et déterminé par une ligne éditoriale stricte ou des subsides spécifiques. (Voir art. Le Temps du 17.6.13 – Jaad Hilal).
Si dans le contexte actuel il est de plus en plus difficile de se faire éditer, cela s’avère encore plus compliqué en Suisse romande. Et lorsque vous ne pouvez vous prévaloir d’aucun soutien, ni relation, (on ne délivre ni bourse, ni subside, ni prix à un auteur autoédité puisque ce dernier n’est pas reconnu par le système en place, donc aucune chance pour lui que ses écrits soient remarqués, encouragés ou primés), il ne vous reste d’autre alternative que l’autoédition pour mettre au monde vos œuvres et leur donner une chance d’exister et de vivre leur vie.

A. G. – Combien cela vous a-t-il coûté ?

C. G.-S. – Quand on aime on ne compte pas ! L’adage vaut pour toute passion, écriture et autoédition comprises. Pour promouvoir mon travail j’ai réalisé successivement 3 sites internet (2005, 2013, 2015), le dernier vient d’être publié et il a nécessité plus de 250 heures de travail ; temps que je ne mets évidemment pas au service de mon écriture proprement dite. Par ailleurs, pour le construire, j’ai également dû apprendre à utiliser les outils qui me permettaient de le créer.
Pour les livres, le travail est titanesque puisque, hormis l’aide de mon mari en qualité de correcteur, j’accomplis seule toutes les étapes. Je vais prochainement réaliser mon 14e ouvrage. Autant vous dire que même si mon travail me passionne ce n’est, et de loin, pas une sinécure. Mais c’est un choix voulu et assumé. J’ai arrêté mon activité professionnelle en 2009 pour me consacrer entièrement à l’écriture et je ne l’ai pas regretté une minute, même si ce travail n’est pas reconnu autant que je le souhaiterais.
Découvrir le bon imprimeur m’a également demandé beaucoup d’énergie, tout comme la recherche d’informations concernant certains aspects techniques et administratifs relatifs à l’édition. Pour le coût de l’impression, les tarifs de l’imprimeur vont dépendre du choix du papier, de la qualité de la couverture et du nombre de pages et d’exemplaires de l’ouvrage. Cent recueils de poèmes de 150 pages avec un papier spécial reviennent à environ 450 euros. Cent-cinquante livres de 250 pages avec un papier ordinaire à environ 600 euros. Ces prix s’entendent naturellement sans l’achat du n° ISBN, des frais de douane et du transport vers la Suisse. Et bien sûr sans le travail effectué par l’auteur lui-même qui remet un PDF fini de son travail à l’imprimeur. Les prix peuvent varier selon les imprimeurs. Ne pas hésiter à demander des devis.

A. G. – Êtes-vous satisfaite du résultat ?

C. G.-S. – Après quelques péripéties et déboires quant à la qualité d’impression de mes premiers recueils, je collabore aujourd’hui avec un imprimeur qui me donne entière satisfaction tant au niveau de la qualité des ouvrages que des délais impartis. Je tiens cependant à souligner que l’imprimeur ne fait qu’imprimer le PDF du livre que vous lui remettez et que si la mise en page et la couverture de celui-ci sont médiocres, le résultat le sera aussi. C’est à l’auteur que revient cette responsabilité.
Évidemment, le grand problème de l’autoédition reste la promotion et la diffusion. J’assure seule la publicité et la promotion de mes livres au travers de vernissages, lectures, salons, du site internet et divers documents tels que catalogues, prospectus, signets, invitations, etc.
Le but est naturellement de diffuser mes ouvrages et de les vendre, leur réalisation nécessitant un investissement conséquent et un travail considérable. Par ailleurs, tout travail mérite un salaire et par respect pour le temps et l’énergie investis dans ce travail, je me dois de tout faire pour donner à ces livres une chance d’être lus. Si écrire c’est donner une forme à sa pensée et réaliser un livre c’est la matérialiser, la publication lui donne une légitimité et la diffusion permet qu’elle soit connue et reconnue.
Je crois à mon travail et malgré tous les aléas et le peu de soutien que j’ai rencontrés dans cette aventure, je suis heureuse de constater que mes nouvelles et mes poèmes, même publiés en autoédition, trouvent grâce aux oreilles de la RTS, de la BSR et de nombreux amis. C’est pourquoi, je ne peux qu’encourager les auteurs suffisamment déterminés dans leurs projets à aller au bout de leurs rêves. L’alternative à l’édition existe : c’est l’autoédition, c’est une voie ingrate et risquée mais elle est possible avec de la volonté, de l’enthousiasme, de la persévérance et beaucoup de travail…

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