Entretien avec Alexandre Friederich

Alexandre Friederich, © Eddy Mottaz

Bertrand Schmid – Alexandre, tu as publié deux livres relativement proches dans la forme aux éditions Allia, easyJet et Fordetroit, tous deux des récits d’expérience plus que de voyage. Pourrais-nous dire ce qui t’a mené à faire ces deux expériences ?

Alexandre Friederich – « Écrivain-voyageur » relève du vocabulaire du marketing. L’inclusion d’un nombre chaque jour plus grand d’auteurs sous cette étiquette neutralise le sens initial proposé par Michel Le Bris, celui d’un aventurier qui prend des notes de type littéraire. Or, il n’y a plus d’aventuriers ; Mike Horn l’a prouvé en créant des défis sur mesure tels que le tour du Monde sur la latitude zéro. Quant aux écrivains, ce sont des hommes assis. J’ai toujours voyagé et fait du sport, les expériences rapportées dans easyJet et Fordetroit, qui font partie d’un ensemble commencé en 1999 avec Trois divagations sur le Mont Arto ont avant tout pour but de réfléchir en mouvement ou, pour le dire avec prétention, de confronter les idées et le réel.

B. S. – Nous en avions déjà discuté et tu vas me trouver insistant, mais est-ce que tu ne trouves pas que le terme de « constat » conviendrait bien à ces deux récits ?

A. F. – Oui. Voir et donner à voir.

B. S. – Tu ne fais pas de la littérature engagée ni n’écris de manifestes, mais ne penses-tu pas pourtant que c’est une littérature impliquée ou avec un côté militant ?

A. F. – La notion de littérature engagée est obsolète. De plus, mes idées politiques étant radicales, elles sont incompatibles avec le milieu littéraire, lequel juge détenir la vérité en se positionnant automatiquement à gauche. La complexité a remplacé l’idéologie, et le discours contradictoire les diktats d’un Sartre (que j’aime bien par ailleurs). En revanche, si le lecteur s’engage dans une réflexion de type politique après la lecture de Fordetroit, je m’en réjouis.

B. S. – Pourrait-on dire que tant easyJet que Fordetroit ne sont que des prétextes pour parler de la société occidentale contemporaine ?

A. F. – J’ai écris easyJet parce que je prenais des avions de cetet compagnie de dix à quinze fois par année. Pour le reste, je fais et j’écris ce que j’ai envie de faire et d’écrire. J’ai une vingtaine de livres non-publiés, me restent les expériences qui leurs sont liées.

B. S. – Avant d’écrire ces deux textes, tu avais publié d’autres ouvrages chez art&fiction. Y a-t-il une réelle différence entre un éditeur comme Allia et un autre plus confidentiel ?

A. F. – Même liberté, même plaisir. Mais Allia fait un travail de communication puissant. Cela donne de la visibilité à l’auteur.

B. S. – Ton 45-12, retour à Aravaca était plus intimiste, mais lui aussi fruit d’une expérience, de longue haleine cette fois. Est-ce que le processus d’écriture a beaucoup changé, en fin de compte, entre un tel texte et les ultérieurs ?

A. F. – Je tiens beaucoup à ce travail de prise de notes. J’ai commencé à l’âge de 12 ans. À partir de 2011, j’abandonne les cahiers et je passe au format blog (sans réponse aux éventuels commentaires des internautes). Le projet porte le titre général de Journal d’Inconsistance. J’utilise ce journal pour réfléchir et sauver ce qui peut l’être de la vie quotidienne. Le beau livre publié par art&fiction offre un échantillon de ces notes assorti d’images des 28 adresses où j’ai vécu entre l’âge de 12 et de 45 ans. Les livres sont plus travaillés…

B. S. – Je te sais actuellement en train de projeter d’autres publications… Est-il possible de nous en toucher un mot ?

A. F. – Les éditions des Sauvages publient Écriture. Bière. Combat. à la fin novembre. Je raconte un phénomène paranormal auquel j’ai assisté dans la région de Soria, en Espagne, en 1990. Il y a également un petit récit en attente de publication. Son titre est Constance. Guide touristique à l’usage des aveugles. Puis un essai de philosophie politique…

B. S. – Pour finir, la légende (i.e. Wikipedia) t’attribue la paternité d’un texte à propos de Susan Boyle… La légende dit-elle vrai ?

A. F. – Oui. Mais je préfère Suicide Silence.

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