« La Dépression de Foster » de Jon Ferguson

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Parce que je l’ai cherché en vain en France, ce livre a pris pour moi une dimension mythique. Et puis le miracle eut lieu à Morges, où j’ai appris que Jon Ferguson vivait, qu’il était édité en Suisse, ceci explique cela. Bref. Comment aborder un livre qu’on s’est trop longtemps réjoui de lire ? Quelque chose me dit que Ted Foster me répondrait : sans se prendre la tête.

Peut-on dire qu’il est du genre compliqué, le Foster ? Dur de trancher. Pour une histoire de serpent écrasé, mangé par les fourmis, lessivé par la pluie, le tout en moins de trois jours, le voilà qui tombe en catatonie. Plus un mot durant 18 mois. Rien d’autre à fixer que les murs blancs de l’asile.

Comme nous approchions de l’endroit où le serpent était mort, je m’attendais encore à observer quelques restes. Je me suis baissé et j’ai regardé, devant, derrière, à côté. Il n’y avait rien. Etais-je allé trop loin ? Pas assez loin ? Pas du tout. Il ne restait simplement plus rien du serpent. Absolument rien. Même le sang avait disparu. Je me suis figé à la vue du trottoir propre, sans serpent et j’ai senti à ce moment précis les premières petites graines qui commençaient à encombrer l’intérieur spongieux de mon crâne.

Sans dévoiler l’intrigue – inexistante car il ne s’agit pas à proprement parler d’un roman, même s’il peut se lire comme tel – Foster va prendre la décision de se remettre à parler. D’abord pour communiquer avec sa petite fille adorée, puis pour nous exposer le fruit de ses 18 mois de réflexion. Ce livre est une suite de dialogues croisés : Foster et ses lecteurs (nous), Foster et son psy, Foster et sa femme, Foster et son ex-femme, Foster et sa future femme, etc. Et deux petites voix qui viennent s’intercaler, qui jouent les cyniques ou les attendries, et dont on se demande bien à qui elles appartiennent.

Mais si le temps et l’espace ne comptent pas, qu’est-ce qui compte ?
Arrête tes conneries. Allume la télé, il y a le match de foot.

Vous l’aurez compris, La Dépression de Foster nous parle philo, sous des airs parfois un peu potaches ou décalés, à l’américaine, mais en Suisse. Des petits riens, des conversations plus ou moins légères, et nous voilà à notre tour à nous demander ce qui nous fait tenir, à quoi bon tout cela, dans quel but. Forcément j’ai pensé à Un Homme qui dort de Perec bien que ni le style ni le propos n’aient rien en commun. Sauf cette idée de la pause, qui nous titille tous. Oui, avouons-le.

Tu sais, des fois j’ai envie de me retirer aussi.
Je crois que presque tout le monde veut se retirer. En tout cas dans notre civilisation. Je l’ai fait. Je pense que la plupart n’ose pas. Mais bon, encore une fois, je suis fou. La majorité des gens perçoivent le monde tel qu’on le leur a expliqué à l’école primaire. Ça les empêche de perdre la raison. Je n’ai vraiment plus aucune idée de ce qu’est un être humain. En fin de compte, c’est plutôt amusant de vivre comme ça. Rien n’est réel.

Des citations, je pourrais vous en mettre cent tellement ce texte est bon. Par sa simplicité désarmante – de réflexions en anecdotes – Foster nous emmène dans son voyage, puis dans son retour à la vie. Un livre bien moins innocent et facile à absorber qu’il n’y paraît. Un livre que je vais prendre plaisir à perdre dans ma bibliothèque afin de le retrouver – ô miracle – dans quelques années.

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Par Amandine Glévarec

Logo de l'éditeur, La Dépression de Foster, Olivier Morattel Éditeur, 2014, 168 p.
ISBN 9782970082521978-2-970082-52-1

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