« Contes saugrenus pour endormir les parents » d’Émilie Boré

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Les contes de Perrault, d’Andersen et consorts offrent une matrice narrative formidable que chaque génération prend un malin plaisir à réviser jusqu’à perdre parfois toute trace de l’original. Au gré de ce gigantesque brassage, ils sédimentent dans un vague fond culturel collectif. On sait qui est Raiponce ou le Vilain Petit Canard, même si on ne se souvient plus tout à fait du déroulement de leurs aventures. On en garde l’essentiel, croit-on, et on le réadapte à sa convenance.

Émilie Boré semble en avoir pris son parti. Dans ce recueil qui s’adresse aux enfants (10-11 ans), elle nous offre cinq réappropriations de contes bien troussées avec tout ce que cela comporte de transgressions, de surprises et de clins d’œil. Rapatriés brutalement au XXIe siècle, le Petit Poucet passe aux assises, le Vilain Petit Canard est un loup blanc qui devient une star tandis que la fée Clochette (Cloche-Pied, pardon !) fume et jure comme un charretier.

Le phrasé d’Émilie Boré est cadencé comme celui des contes – phrases amples, vocabulaire précieux – ce qui rajoute à l’aspect parodique et à la pointe d’ironie constante pour le plus pur plaisir de lecture à deux (parent-enfant).
Petits bémols cependant pour la dernière nouvelle qui n’exploite pas de contes connus (ou je me trompe ?) et pour le titre dont je ne saisis pas bien la promesse, car ces histoires pétillantes réveillent plus qu’elles n’endorment !

Marianne Brun

Ce que mon fils en a pensé.

Marianne Brun — De quoi ça parle ?

Niels — Ce sont des histoires mélangées. Le Petit Poncho Vert, c’est un peu comme le Petit Chaperon Rouge. Il y a d’autres histoires mélangées – la Fée Clochette qui devient la Fée Cloche-Pied et qui se mélange avec Raiponce, le Vilain Petit Canard qui devient une histoire de loup, Label Haubois Dormant qui est la Belle au Bois Dormant (elle m’a bien plu celle-là !).

— Petit bébé rose bonbon, tes bonnes fées t’ont tout donné. Oui, tu seras belle, gentille, douée et gnagnagna ! Ton cher père t’a souhaitée femme-orchestre ? Et bien soit ! Dès le jour de tes 16 ans, chaque fois que tu t’endormiras… comme un sonneur tu ronfleras !
Et la vieille fée s’évapora comme par enchantement, dans un épouvantable éclat de rire.
Dans l’heure qui suivit, le roi donna l’ordre à ses gens de placer dans tout le château des humidificateurs afin de rendre l’air fluide et respirable. Il fit fermer tous ses chantiers navals, toutes ses industries de pointe pour les remplacer par des usines de construction d’écarteurs nasaux, de sprays buccaux et d’oreillers anti-ronflements. Bref, il fit tout ce qui était en son pouvoir pour que, dans seize ans, le terrible sort d’Aurore soit conjuré.
Label Haubois Dormant

M. B. – Est-ce que tu connais d’autres livres dans lesquels on aurait mélangé des histoires connues ?

N. – Non. Ou alors en dessins animés, Shrek un peu, on mélange les personnages connus.

M. B. – En vrai, tu aimes lire quoi ? Quel genre d’histoire te plaît ?

N. – J’aime bien Geronimo Stilton parce qu’on peut sentir (Ndla maman : il y a des pastilles à gratter qui diffusent des odeurs) et le Petit Nicolas parce qu’il découvre plein de nouvelles choses. J’aime bien aussi Max et Lili parce qu’ils donnent des conseils et La Cabane magique parce qu’on apprend l’histoire et la vie des personnages célèbres.

M. B. – Ce recueil n’a rien à voir avec ce que tu aimes, en fait…

N. – Non mais ça m’a plu, ce mélange. C’est drôle, on ne s’y attend pas. La Belle au Bois Dormant qui ronfle, c’est drôle ! Parfois c’est triste aussi, comme pour le procès du Petit Poucet.

M. B. – Il y a d’autres choses qui t’ont plu ?

N. – La fée Cloche-Pied parce qu’on lui dit d’arrêter de fumer et de se laisser pousser les cheveux. Elle le fait mais à la fin elle se remet à fumer ! C’est une rebelle. Je ne voyais pas les fées comme ça !

— Bah, tu sais, j’ai roulé ma bosse et j’aimerais bien me caser, comme on dit, expliqua Cloche-Pied en écrasant son mégot sous sa santiag.
— Te caser ???
— Affirmatif ! Je vais avoir 30 ans tu vois ? Et je me dis que ça serait bien que je rencontre un sorcier charmant, histoire de pas finir toute seule.
Elle cracha par terre en guise de ponctuation.
— Eh bien, il va y avoir du boulot ma vieille ! L’informa Bégonia. Parce que vu comme tu parles et comme tu es habillée, ça va pas être la course devant ta porte…
La Fée aux santiags

L’histoire de Serge le Loup blanc, je l’aime bien aussi parce qu’à la fin Serge peut encore plaire à sa famille.

M. B. – Est-ce que tu as trouvé que c’était facile à lire pour toi ?

N. – Pas trop. Mais c’était bien de le lire à deux, avec toi.

M. B. – Tu as bien aimé les illustrations ?

N. – Oui, parce que les dessins ne sont pas faits à l’ordinateur. Ils ne sont pas droits. C’est vivant. C’est comme si un enfant les avait faits, mais en mieux.

M. B. – Et qu’est-ce que tu n’as pas aimé ?

N. – J’ai tout aimé. Il n’y a que la fin qui me gêne. Je n’ai pas compris la dernière histoire. C’est un peu sec. J’aimerai que ça finisse un peu mieux. Ça ne fait pas très « fin ». Je crois que l’auteure n’avait plus trop envie d’écrire alors elle a fait une fin vite fait.

M. B. – Tu recommanderais ce livre ?

N. – Oui.

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Par Amandine Glévarec

Logo de l'éditeur, (ill. Livipo), Contes saugrenus pour endormir les parents, Stentor, 2014, 96 p.
ISBN 9782940542017978-2-940542-01-7

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