« Cervin et Toblerone en Corée du Nord » d’Olivier Racine

Olivier Racine, Cervin et Toblerone en Corée du Nord

Je ne vous parlerai pas aujourd’hui d’un OVNI (littéraire) mais plutôt d’un extraterrestre (romancier). Olivier Racine fait partie de ces hommes excessifs, pour qui pari vaut acte de foi. D’aucuns disent qu’il a voulu faire de sa vie une œuvre d’art, toujours est-il qu’il aime dépasser les limites que le commun des mortels se fixe quotidiennement. Cet excès, déroutant, peut prêter à sourire ou provoquer une certaine admiration, mais il est surtout à l’origine d’un livre, d’un récit, Cervin et Toblerone en Corée du Nord. Où germe l’idée de se rendre dans le pays le plus fermé du monde pour remettre à son dirigeant-dictateur un morceau du Cervin (récolté soi-même, évidemment) et un énorme bout de chocolat suisse ? Mystère. De l’idée à la réalisation, il n’y a pas qu’un pas, mais plusieurs étapes qu’Olivier Racine relève avec le sourire et un enthousiasme jamais feint.

On essaie d’atteindre le portique de contrôle dans l’effervescence et l’indescriptible brouhaha qui me ramène à mes souvenirs de l’aéroport de Saigon. C’est la même impression de débarquer sur une autre planète en état d’apesanteur avec la difficulté qu’on imagine pour se déplacer. Dans la masse, on se sent complètement isolés, genre scaphandre sur la tête, sans possibilité de communiquer avec qui que ce soit, parce qu’on ne parle pas la langue du coin et qu’on ne comprend rien à ce qui se dit autour de nous. On a le choix entre deux portiques. Je prends la file de gauche. Le militaire en faction me remet une quittance contre mon téléphone portable que je pourrai récupérer en repartant. Mes valises sont scrupuleusement examinées. Des deux files, il n’en reste bientôt qu’une, la mienne. C’était prévisible vu le contenu de mes bagages. Ce qui l’était moins, c’est que ce n’est pas eux qui m’empêchent de passer, mais bien moi qui refuse d’aller plus loin.

Enthousiasme débordant que l’on retrouve dans le style. L’auteur écrit comme il parle, les souvenirs lui reviennent dans un ordre tout personnel. Olivier Racine, visiblement, refuse de perdre du temps pour une relecture – ou réécriture – qui se voudrait un peu plus rationalisée. Ce déferlement, néanmoins, est d’une fraîcheur assez rare pour être remarquée et ainsi amplement acceptée par le lecteur. Un récit qui se lit donc vite et bien, pour qui s’intéresse un minimum à la Corée du Nord. Car c’est bien le propos que je retiendrai de ce livre, une plongée dans un pays qui n’est pas à proprement parler ma prochaine destination de vacances, mais qui me fascine pourtant. Pour le reste – un certain humour et surtout une propension à se prendre la tête avec une personnalité plus ou moins reconnue – j’avoue avoir été moins sensible à ces aspects du récit. Fidèle à lui-même, Olivier Racine se montre extrême, débordant d’attentes, ne faisant pas l’impasse sur ses déceptions. Une certaine naïveté, peut-être, en tous les cas une franchise plus ou moins compréhensible.

Elle me présente notre guide, Miss Kyu, et notre chauffeur, Monsieur Chang, qu’elle a eu le temps de rencontrer du « bon » côté de la douane. Les présentations faites et trop content de changer d’air, je me précipite déjà vers notre minibus privé quand Miss Kyu me rappelle à l’ordre. Nous devions attendre notre second guide avant de partir. Il n’allait pas tarder. Un second guide ? Je la regarde, elle me regarde… Tant pis, je demande quand même :
– Pourquoi deux guides ?
– Parce que vous êtes deux !
– Mais on est ensemble !
Non, il ne faut pas chercher à comprendre : la réponse a été donnée, il faut s’en contenter, même si elle ne veut rien dire, parce qu’on n’aura rien de plus qu’un « parce que c’est comme ça » en point d’orgue si on la pose une seconde fois. Et si d’aventure on s’y risque une troisième fois, ce que je ne manque évidemment pas de faire, ce n’est même plus une réponse qu’on obtient, mais un sourire auquel on est bien obligé de répondre par un autre sourire. Bienveillante dictature dont l’art fin est de savoir fermer le clapet de son interlocuteur sans ouvrir le sien au risque d’y perdre sa dentition, on ne connaît pas le sort réservé aux récalcitrants et, bien que curieux de nature, je m’en contenterai pour cette fois, certain d’en avoir déjà bien eu assez pour un premier jour. J’attends donc sagement notre deuxième guide.

Cervin et Toblerone en Corée du Nord est donc une sorte de livre-mémoire un peu fourre-tout, dans lequel vous trouverez aussi bien des photos que des articles de presse, des souvenirs de voyage, des infos intéressantes sur un pays méconnu, des noms de personnalités plus ou moins désireuses que l’on parle d’elles et des anecdotes amusantes. Un récit assez particulier, donc, qui ne manquera pas d’apporter à chacun ce qu’il viendra y chercher. Une curiosité, pour le moins, c’est certain.

Tweet about this on TwitterShare on FacebookShare on LinkedInShare on Google+Pin on PinterestEmail this to someone

Les commentaires sont désactivés.