« L’Alphabet des anges » de Xochitl Borel

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Livre conseillé, puis livre offert, avais-je d’autres choix que de le lire ? Il me semble bien pourtant qu’en vadrouille dans une librairie, la bio seule m’aurait dissuadée de l’acheter (« Née en 1987, Xochitl Borel, musicienne et voyageuse anarchiste » : je vous laisse déduire par vous-mêmes ce qui m’aurait fait tiquer). Bref. Le livre est là, avec sa jolie couleur lavande. Lavande que je vais bientôt finir par ne plus supporter, car ces 130 pages m’ont passé le goût des fleurs, des arbres et des couleurs.

J’étudiais le droit. Je multipliais les distinctions. Mon père était heureux. Et puis il y eut l’odeur d’un tilleul, par un mois de mars étrange de chaleur. Le premier faux-pas de la ligne fixée par mon père avait la couleur de ce vert tendresse de bourgeon. Je fus amoureuse deux saisons pleines. Je connus le rouge des roses premières, celui cerise gourmand, le feu écarlate des soleils couchants, tous les carmins de toutes les aurores, jusqu’au dernier rougissement des feuilles d’automne. Là, nous nous quittâmes, bons amis, lui retrouvait le pourpre des joues de sa femme, moi, celui de mes pleurs. Il m’avait toujours prévenue que nos amours n’auraient qu’un temps. Mais le tilleul du premier printemps était si vert que j’avais malgré tout espéré, miroir aux alouettes.

Ce livre ne parle pas de colchiques dans les prés mais d’avortement à l’aiguille à tricoter, d’un bébé qui s’accroche et qui nait défiguré. Venir au monde un œil en moins et sans père, ce n’est certes pas vraiment bucolique. Heureusement qu’un beau-père en velours bleu prend rapidement place dans le décor.

Ce soir-là, je retrouvais les premières fleurs de ma robe des champs d’enfance : sur ma peau rougissaient des pivoines, bien malgré moi.
Par chance, Aneth s’éveillait.
— Oh maman, comme c’est joli.
Et dans un geste d’émerveillement, elle cueillit mes pivoines et m’en fit un bouquet.

Mais la nature, toujours elle, s’acharne sur la petite Aneth (sic) et, tout en lui donnant une langue bien pendue et une logique toute personnelle, menace de lui enlever son second œil. La petite continue de rire de toutes ses dents de lait, de jouer avec les mots qu’elle découvre.

— Émile, quand je deviendrai aveugle, où ira la couleur de mon œil ?
— Je ne sais pas, qu’est ce que tu en penses, toi ?
— Je pense pas qu’elle restera avec moi en tout cas, parce que mon œil borgne, il est tout vide déjà. Peut-être qu’elle ira dans le ciel. Rejoindre ses grands yeux bleus. Et si j’avais l’œil vert, la couleur rejoindrait la mer, et brun, la terre. C’est ce que je pense.

L’auteure file sa métaphore tout au long du récit. Les hommes deviennent des arbres, les enfants des plantes, les sons des couleurs, tout comme cette trompette qui souffle gris éléphant.

Je reconnais l’effort poétique mais le vocabulaire floral m’a empêchée de me laisser conter fleurette par cette petite histoire sentimentale. L’ensemble me paraît trop feuillu, trop imagé. C’est avec soulagement que j’aurais élagué dans ce champ lexical si travaillé, pour mieux ressentir l’esprit du récit, sans me laisser troubler par les jeux de mots que je finissais par guetter.

C’est avec patience que j’attendrai que la sève monte dans la main de Xochitl Borel, qu’un deuxième bourgeon éclose, et que je puisse ainsi me faire une opinion moins verte de la patte de l’auteure.

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Par Amandine Glévarec

Logo de l'éditeur, L'Alphabet des anges, L’Aire, 2014, 130 p.

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